À la mi-février, nous avons interpellé les candidat.e.s à l’élection présidentielle par une lettre ouverte qui leur demandait de se situer par rapport à nos propositions. Après celles d’Emmanuel Macron et de la France insoumise, nous avons reçu la réponse de Nathalie Arthaud, candidate de Lutte ouvrière.

Nous la reproduisons ci-dessous et nous laissons nos lecteurs juges des réponses que nous recevons, en rappelant qu’À nous la démocratie ! ne soutient aucun candidat à la présidentielle, mais que nous nous félicitons de voir l’agenda politique intégrer, de plus en plus, des propositions qui contribuent à assainir la démocratie.

J’ai lu attentivement vos six propositions.

J’appartiens à un courant politique qui pense depuis longtemps que les mandats électifs devraient être courts et ne donner lieu à aucun privilège (pas d’indemnisation supérieure au salaire d’un travailleur qualifié). En outre, comme gage de respect des engagements, les élus devraient être révocables à tout moment par les électeurs. Je ne suis donc pas en désaccord avec votre première proposition.

Mais si les élus étaient révocables à tout moment, il n’y aurait nul besoin du « 49.4 » que vous proposez. Et je ne vois pas pourquoi il faudrait maintenir un sénat, même sous une forme rénovée. Je suis pour sa suppression pure et simple.

Vous proposez un référendum d’initiative citoyenne, censé renforcer la démocratie directe. Je constate, comme vous, que la population n’a généralement pas la parole et encore moins de pouvoir de décision sur tous les sujets qui la concerne, mais la généralisation des référendums ne lui donnera pas ce pouvoir.

Lors du référendum sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement a su délimiter le corps électoral concerné pour permettre aux partisans de l’aéroport de l’emporter, sans que les questions légitimes soulevées par les opposants n’aient été résolues. Les référendums sont généralement des manœuvres politiciennes pour redorer le crédit de leurs promoteurs.

Vous recherchez des moyens légaux pour faire vivre la démocratie dans une société qui cherche, elle, surtout à l’étouffer. Si cette campagne électorale a pris un caractère chaotique avec des rebondissements qui semblent inspirés d’une série télévisée, c’est que la société traverse, à l’échelle mondiale, une très grave crise, celle d’un système économique à bout de souffle, dont les dirigeants sont obsédés par le souci de maintenir leurs profits et leurs privilèges coûte que coûte, tandis que leurs représentants politiques, de droite comme de gauche, s’usent de plus en plus vite tant ils sont incapables de mettre en oeuvre des politiques qui ne soient autre chose que des politiques d’accompagnement des exigences des capitalistes prêts à faire disparaître tous les droits de la population pour satisfaire leurs seuls actionnaires.

Il y a longtemps que des lois, favorables aux classes populaires, ne sont pas appliquées ou dénaturées par leurs décrets d’application. Lois et décrets sont mis en œuvre par des chefs de cabinet, des hauts fonctionnaires ou des magistrats, non élus mais liés par de multiples liens aux classes possédantes.

Ainsi, plusieurs lois sur l’égalité des salaires entre hommes et femmes ont été votés sans que ce principe, pourtant élémentaire, ne soit appliqué. On a même vu qu’un candidat à la présidence de la République, ayant rémunéré ses enfants, pouvait payer mieux son fils que sa fille !

Dans cette société, les lois et même la constitution pèsent peu face au pouvoir de l’argent, à la puissance des capitalistes qui ont une multitude de moyens de les contourner ou de s’en affranchir, quand elles ne sont pas entièrement destinées à les satisfaire. Les décisions importantes pour la vie des gens, sur le terrain économique, sanitaire ou environnemental, sont prises de fait au sein des conseils d’administration des grands groupes et des grandes banques, hors de tout contrôle de la population.

C’est pourquoi les travailleurs ne peuvent améliorer leur sort en changeant de Président ou de constitution, ni à travers les référendums ou les élections, mais uniquement en contestant la dictature des capitalistes sur toute la société, car ce sont ces derniers qui détiennent le pouvoir réel.

Les élections ne permettent aux travailleurs que de s’exprimer et de faire entendre les exigences politiques de leur classe sociale. Les élections ne peuvent qu’aider à préparer l’avenir en montrant qu’une fraction des travailleurs est convaincue que la seule façon s’assurer un avenir digne à toute la société sera de prendre eux-mêmes le pouvoir ; non pas en votant à intervalles plus ou moins réguliers, mais en exerçant un contrôle direct et permanent sur lés décisions et la marche quotidienne des principales entreprises et des banques.

Exprimer tout cela, se compter sur ce programme, ne pas laisser la parole aux seuls défenseurs de cet ordre social injuste n’est cependant pas négligeable. C’est bien pourquoi je suis présente dans cette élection.

Bien cordialement,

Nathalie Arthaud

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