Par Yves Zoberman, membre d’A nous la démocratie !

Pour retrouver le chemin d’une société qui protège et qui libère les énergies positives, il faut taxer les flux financiers et créer un revenu d’existence européen.

Trois constatations s’imposent aujourd’hui :

  • Le rapport au travail se dégrade et pour la grande majorité des citoyens, les fruits de ce travail sont très insuffisants pour vivre.

  • Globalement en Europe et dans le monde, les transactions financières rapportent plus que la production des richesses.

  • L’impôt et les taxes sont de plus en plus perçus comme source d’inégalité et non plus comme l’élément principal de redistribution, notamment par la multiplication des taxes indirectes identiques quelque soient les revenus et l’absence d’une réelle taxation des flux financiers

Le mouvement des gilets jaunes dénonce en partie cet état de fait. Par rapport aux années passées, non seulement ceux qui sont au chômage souffrent de leur situation ; mais aussi ceux qui travaillent, voient leur activité souffrir de conditions dégradées.

Avec le gouvernement Macron, on retrouve le principe énoncé par Mathieu dans le nouveau testament : « A celui qui a, il sera beaucoup donné et il vivra dans l’abondance, mais à celui qui n’a rien, il sera tout pris même ce qu’il possédait ». Les premiers de cordée sont paradigmatiques de cette situation, bénéficiant ainsi des bienfaits de la société : à eux qui ont tout on leur donne un peu plus !

L’ultra libéralisme de notre gouvernement mène irrémédiablement à l’isolement des pseudo-élites qui atteindront seuls le sommet, tandis que l’ensemble des citoyens vivra dans une vallée de larmes avec pour seul réconfort que les miettes d’une croissance hypothétique où seuls les détenteurs de capitaux, acteurs d’une mondialisation leur permettant une « accumulation des avantages et les effets d’aubaines.

On sait aujourd’hui que les prévisions concernant la suite de l’histoire et notamment le chômage ne sont guère plus optimistes, et quelle que soit la croissance. A très court terme, comme le montre une enquête de l’OCDE, 10% des emplois aujourd’hui disponibles seront supprimés et on prévoit la perte de 4 fois plus d’emplois dans les 25 ans qui viennent.

L’impôt (système beveridgien), les cotisations sociales (système bismarckien) et les taxes diverses et variées, sont la plupart du temps injustes et de plus en plus inefficaces. De plus, on vérifie qu’ils ne suffisent plus à financer l’action collective représenté par l’Etat au travers des services publics dont il a la charge. Or il faut aujourd’hui développer les services collectifs marques du progrès et de la vie moderne.

La faillite d’une classe politique, se contentant de servir les intérêts d’une classe mondialisée de profiteurs et de prédateurs capitalistes et qui n’agit plus que comme gestionnaire d’une situation et qui manque cruellement d’imagination, est patente. Elle ne se comporte plus comme pourvoyeuse d’idées et de réalisations politiques. On constate que l’ensemble des revendications du mouvement actuel est très divers mais converge vers un seul objectif : la société doit remplir un rôle de protection de ses citoyens, tout en favorisant une demande de prise main plus directe de l’avenir de la société.

Pour ce faire, il faut enfin lancer une révolution copernicienne qui consiste d’abord à mener le combat pour la taxation des flux financiers au niveau européen. La société industrielle héritée du 19ème siècle où le travail était considéré comme la seule richesse taxable est aujourd’hui dépassée et par là même il faut en finir avec le système des impôts traditionnels et fortement injuste, perçu comme tel, et le replacer par une taxe sur toutes les transactions financières et monétaires. Les chiffres sont éloquents en la matière puisque en 2018, les flux financiers dans le monde et en Europe représentaient 10 fois plus que les revenus tirés de la production.

On pourrait donc remplacer le système d’imposition traditionnel de la production de richesses par la perception de cette taxe sur les transactions financières par les banques qui participeraient ainsi à la vie citoyenne. Pour la France cela reste valable et un exemple nous éclaire particulièrement : le groupe Carrefour tire ses profits les plus importants non de son activité de commerce et de ses grandes surfaces, mais de sa banque et de ses placements.

De cette façon, on pourrait ainsi envisager la création d’un revenu minimum d’existence permettant de fournir de base à un revenu social qui remplacerait toutes les aides sociales et servirait de socle à une protection sociale européenne active. En créant ce revenu de base européen universel, nous poserions ainsi les fondements d’une réponse possiblement adéquate afin de retrouver une justice sociale pour tous et aussi, ce qui n’est pas négligeable, une plus grande rationalité économique en rendant le système plus solvable en supprimant la précarité.

Les modalités de ce revenu sont largement connues mais on rappellera que ce revenu devra être Universel quant à la situation sociale ; mais pour les plus riches, il sera entièrement reversé à l’impôt et prélevé à la source ; il sera inconditionnel, universel dans l’espace et européen dans un premier temps. Son montant sera modulé en fonction du niveau de vie des pays d’Europe ; universel dans le temps : de la vie à la mort, même si son montant peut varier tout long de la vie ; individuel il sera aussi versé aux enfants (par exemple, une partie sera mise de côté pour financer des études), il est cumulable avec des revenus marchands ou salariés ; il ne retire pas les éléments de protection sociale liés au travail. En revanche les allocations familiales, logement les aides sociales locales : bourses scolaires et RSA seront absorbés par le revenu de base ; son niveau doit être le plus élevé possible en fonction du lieu de résidence. En France, par exemple, Il faudrait donc imaginer un montant proche en France à la hauteur du SMIC, soit 1188 euros mensuels.

Son financement serait entièrement couvert par la participation importante de la taxation des flux financiers. La lutte contre les paradis fiscaux sera aussi rendue nécessaire pour assainir un capitalisme que tous veulent vertueux.

Ainsi l’Europe marcherait enfin sur ses deux jambes : la suppression de la précarité de ses citoyens et la justice sociale comme principe unificateur.

Yves Zoberman

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