L’un d’entre nous deux a la chance d’avoir un oncle d’Amérique.

L’autre jour, à table, cet oncle, donc, nommé Kevin, a raconté qu’avec le chômage partiel et les chèques du plan Biden, les Américains devenaient plus exigeants pour accepter certains jobs, préférant rester chez eux en étant payés, quoique mal, plutôt que d’aller trimer chez MacDo pour à peine plus. 

Un conservateur aurait poussé les hauts cris : “Assistanat ! Trappe à inactivité !” Nous, non : ces Américains-là ont bien raison. Et un Etat soucieux de progrès social pourrait en prendre de la graine, en systématisant ce qui les pousse à ne pas travailler, afin d’obtenir des patrons ce qu’il veut : plus de justice, plus d’égalité.

Pourquoi la pénurie de main d’œuvre ne serait pas, en effet, une arme, maniée de façon ciblée, au service de l’amélioration des salaires et des conditions de travail ?

A la façon de ce qu’on apprend à l’école, que pendant la Révolution ou sous l’occupation allemande de 1870, de méchantes gens cachaient le grain dans leur grenier pour faire monter les prix, à la lanterne les agioteurs ! Nous imaginons un gouvernement qui, lui, retiendrait les travailleurs pour imposer au patronat des prix, non plus exorbitants, mais justes, en contrepartie de leur labeur. Et qui forcerait ainsi la main à des négociations trop souvent absentes, notamment dans les branches où les syndicats le sont tout autant. 

On opposera à cette conception d’un Etat maniant la pénurie comme une arme au profit du progrès social la difficulté qu’il y aurait à cibler, par exemple, les femmes et les hommes susceptibles de travailler comme aides-soignants ou comme conductrices de camions, pour lesquels un bras de fer s’engagerait avec les entreprises recruteuses, contraintes d’améliorer les conditions d’embauche dans ces emplois par un chômage plus avantageux que le mieux disant. La statistique publique dispose cependant de données toujours plus précises en la matière, et pourrait aisément moduler la (pour une fois) bien nommée “allocation de retour à l’emploi”, en fonction des secteurs considérés. 

Mais quand bien même on arriverait à profiler les demandeurs, booster leurs allocations pour des raisons pratiques serait perçu comme une rupture d’égalité entre chômeurs, nous dira-t-on, surtout depuis la gauche. Et alors ? N’est-ce pas le marché du travail qui fait peser cette rupture d’égalité dès maintenant ? La fonction publique elle-même abonde en exemples de cette nature. Entre l’anesthésiste recruté.e à prix d’or par un hôpital à bout de souffle, et le vacataire payé au lance-pierres un an après ses cours, quelle égalité ?

Décidément, pauvre gauche réaliste, pragmatique, qui n’ose plus même toucher à l’existant et prétend aux lendemains qui chantent!

Des trappes à inactivité ciblées, une pénurie de main d’œuvre revendiquée, maniée avec doigté et technique serait susceptible d’obtenir ce qu’une gauche sans imagination, à cul et à chemise avec le haut du panier des « partenaires sociaux » ne rêve même plus d’envisager : un peu de justice, bon rat, et rien de plus. 

Emmanuel MARTIN & Matthieu NIANGO, membres d’A Nous La Démocratie

Illustration : canva.com

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