Par Matthieu Niango
avec les voix de Fanny Bénard, Ulf Clerwall, Denis Gombert,
Camille Laplanche, Serge Ollivier et Hélène Testud

« Commune…

Au pluriel, ça donne, les communes.

Ça sonne un peu technocratique. 

Ça fait maires, conseils municipaux, collectivité locale, intercommunalités, agglomération. 

“AOTU : autorité organisatrice des transports urbains”

“CCAS : centre communal d’action sociale”

“FSRIF : fond de solidarité des communes de la région Île-de-France”

Bref, pas très glamour.

Mais au singulier. Avec une majuscule.

La Commune… c’est autre chose.

Un nom avec des éclairs autour. 

Roulements de tambour ! Crépitements de fusil ! Les canons tonnent ! 

Les canons de Montmartre.

Cette nuit du 18 mars 1871, ils sont bien tranquilles, par dizaines, à la place de l’actuel Sacré-Cœur, dans cette commune populaire et révolutionnaire qu’est alors Montmartre. 

Le siège des Prussiens a imposé aux Parisiens de longs mois de privations. 

En juillet 1870, Napoléon III avait déclaré la guerre à la Prusse.

La victoire aurait pu redorer le blason de l’Empereur, en perte de vitesse.

C’est en particulier la population ouvrière qui conteste Napoléon III, élu en 1848 au suffrage universel masculin, et maintenu au pouvoir par un coup d’Etat. 

L’Empire a favorisé le développement d’immenses fortunes. 

Mais l’argent ne ruisselle pas comme depuis la première coupe d’une pyramide de champagne. Les pauvres s’entassent dans les grandes villes. 

À propos de Paris, on lit chez le Baron Haussmann : 

“Sur 1 700 000, plus d’un million sont dans une pauvreté voisine de l’indigence”

Depuis 1864, les ouvriers ont le droit de se syndiquer. La lutte sociale s’intensifie. 

En 1852, Baudelaire questionne : 

“Avez-vous éprouvé (…) la même joie que moi à voir un (…) sergent de ville ou municipal (…) — crosser un républicain ? Et comme moi, vous avez dit dans votre cœur : « Crosse, crosse un peu plus fort, crosse encore, municipal de mon cœur ; car en ce crossement suprême, je t’adore, et je te juge semblable à Jupiter, le grand justicier. L’homme que tu crosses veut être libre, l’ignorant (…). Crosse religieusement les omoplates de l’anarchiste ! » 

Et en 1868 les Goncourt affirment : 

“Nul en ce monde n’est le pareil ni l’égal d’un autre. La règle absolue des sociétés, la seule logique, la seule naturelle et légitime est le privilège.”

Et le futur Communard Eugène Varlin prévient :

“Tant qu’un homme pourra mourir de faim à la porte d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines.”

Voilà l’ambiance quand le conflit éclate avec la Prusse en 1870. 

Cette guerre est un désastre pour la France. 

L’Empereur lui-même est fait prisonnier à Sedan.

Le 4 septembre 1870, la République est proclamée depuis les balcons de l’hôtel de Ville.

La guerre continue. Paris est assiégé, affamé. 

Dans certains restaurants, on mange les animaux du jardin des plantes.

Voici ce qu’on trouve au menu de l’un d’eux pour Noël 1870 : 

“Hors d’oeuvre : Beurre, Radis, Tête d’Ane Farcie, sardines

Potages : Purée de Haricots rouge aux Croûtons, Consommé d’Eléphant

Entrées : Goujons frits, le Chameau rôti à l’anglaise, Le Civet de Kangourou, Côtes d’Ours rôties sauce Poivrade.

Plats : Cuissot de Loup sauce Chevreuil, Le Chat flanqué de Rats Salade de cresson, La terrine d’Antilope aux truffes, Cèpes à la Bordelaise, Petits-Pois au Beurre”.

Le gouvernement, qui se fait appeler de Défense nationale, semble plutôt vouloir négocier la paix avec les Allemands. 

Le révolutionnaire Auguste Blanqui s’en inquiète le 15 septembre 1870 : 

“Le cœur se serre au soupçon d’un immense mensonge.”

L’ambiance est électrique. 

Les atermoiements du gouvernement poussent certains Parisiens à la révolte fin 1870 et début 1871. 

Ailleurs, à Lyon et Marseille, des insurgés prennent brièvement l’hôtel de ville.

Paris capitule le 28 janvier 1871. 

Les élections législatives du 8 février portent à l’Assemblée nationale une majorité monarchiste. 

Mais Paris y envoie quelques députés républicains avancés : le socialiste Louis Blanc, le fameux général révolutionnaire italien Giuseppe Garibaldi, Victor Hugo, Léon Gambetta ou Georges Clemenceau. 

La revue des deux mondes fustige : 

« Des libellistes épileptiques (…) une protestation contre tout ce qui existe ».

Pour le penseur catholique Louis Veuillot : 

« Paris, c’est le cancer de la France et c’est le scandale du monde ».

Comme les monarchistes ne s’entendent pas, Adolphe Thiers devient chef du gouvernement. C’est un partisan de la République, certes, mais de la République bourgeoise, donc ça va à peu près. 

Enfin, le 18 février 1871, la France capitule. 

L’Alsace et la Moselle seront cédées à la Prusse, qui infligera à la France une énorme amende.

Le 1er mars, les Allemands défilent dans Paris. 

Un Paris silencieux, confiné, dressé de drapeaux noirs. Ce silence, que nous connaissons bien, il est cadencé ce jour-là par des bottes prussiennes. 

Les mesures prises par l’Assemblée exacerbent les tensions dans Paris, anéanti par la défaite. 

Le moratoire sur les loyers, décidé au début de la guerre, est suspendu. Les principaux journaux de Paris sont supprimés. Des monarchistes sont nommés à des postes clés. Paris est décapitalisé au profit de Versailles. 

Les Parisiennes et Parisiens sont à cran. 

Or, depuis l’été 1870, il existe une Garde Nationale pour défendre la capitale. 

Composée de civils, elle s’est organisée en une fédération qui élit ses chefs et réfléchit aux idées de l’avenir : ce sont les fédérés. 

Certains veulent en découdre avec Versailles. Des voix appellent au calme, comme celle de Jules Vallès, écrivain et journaliste, qui prévient : 

“deux heures de conversation à coups de canon et c’est la ruine de toutes nos espérances.”

Quant aux conservateurs, ils réclament du gouvernement une action vigoureuse. 

Un écrivain, Ximénès Doudan, badine : 

“Il y a une épizootie dans la canaille. Certains disent qu’on pourrait peut-être conjurer cette peste bovine sans tuer les boeufs. Quant à moi je n’y crois pas. »

Le gouverneur de la banque de France, Gustave Rouland, presse Thiers d’agir : 

« On y voit clair, devant nous c’est la République rouge. Ces gens-là ne connaissent qu’une défaite : celle de la force ».

Aucune hésitation : Thiers doit réduire Paris. Ses soutiens l’exigent.

Nous sommes donc le 18 mars 1871, au petit matin. 

Thiers lance l’armée retirer les canons partout en ville. 

Ceux de Montmartre sont là, à quelques mètres. 

Mais l’opération militaire cafouille. Réveillés, les Montmartrois affluent.

Un Communard, Charles-Prosper Lissagaray, rapporte l’événement : 

“Les femmes partirent les premières comme dans les journées de Révolution. Celles du 18 mars, bronzées par le siège – elles avaient eu double ration de misère – n’attendirent pas leurs hommes. Elles entourent les mitrailleuses, interpellent les chefs de pièce : 

 « C’est indigne ! qu’est-ce que tu fais là ? » 

 Les soldats se taisent. Quelquefois un sous-officier : 

 « Allons, bonnes femmes, éloignez-vous ! » 

 La voix n’est pas rude ; elles restent. Tout à coup, le rappel bat (…) et, crosse en l’air, soldats et gardes confondus gravissent la rue Muller qui mène aux buttes (…) Un grand nombre d’autres gardes, la crosse en l’air, des femmes et des enfants débouchent sur le flanc opposé, par la rue des Rosiers. Lecomte cerné commande trois fois le feu. Ses hommes restent l’arme au pied. La foule se joint, fraternise, arrête Lecomte et ses officiers.”

Le général Clément Thomas, chef de la garde nationale, est lui aussi arrêté. 

Les deux généraux Thomas et Lecomte sont abattus près d’ici, de l’autre côté de la butte, rue des Rosiers (aujourd’hui la rue du chevalier de La Barre). 

Pris de panique, le gouvernement se replie à Versailles. 

Paris est, de fait, aux mains des insurgés. 

Pourtant, pour l’instant, les rues sont parfaitement calmes. 

Jules Vallès est surpris : 

« Comme les rues sont tranquilles ! Nul vestige n’indique qu’il y ait quelque chose de changé sous le ciel, que des Brutus à trente sous par tête aient passé le Rubicon contre un César nabot ! (..) La place de l’Hôtel-de-Ville est déserte ; je croyais que nous la trouverions bondée de foule et frémissante, ou toute hérissée de canons la gueule tournée vers nous. Elle est, au contraire, muette et vide. » 

Le lendemain, le capitaine Beugnot, de l’armée de Versailles, s’étonne : 

« Toutes les boutiques sont ouvertes, les cafés sont pleins. Omnibus et piétons circulent ».

Qu’importe, les partisans de Versaille sont hors d’eux. 

Comme le penseur Ernest Renan : 

« Horrible épisode du 18 mars. Jour où depuis 100 ans la conscience française a été le plus bas. Effroyable syncope morale. Œuvre de ce socialisme dont la source est l’égoïsme. Corrigeons-nous de la démocratie. Rétablissons la royauté. Devenons sérieux, appliqués, soumis aux puissances, amis de la règle et de la discipline. »

Ou Louis Veuillot : 

« Le gouvernement est pitoyable, il laisse Paris sans défense. O Dieu, Dieu de nos pères, suscitez-nous un homme ! » 

Le comité central de la garde Nationale a le pouvoir dans Paris. 

Va-t-il le conserver pour lui-même ? 

Non, il organise des élections le 26 mars. 

Des Républicains avancés, des anarchistes, des socialistes, quelques communistes font leur entrée à la mairie et se mettent au travail.

Jules Vallès restitue l’ambiance qui règne sur le parvis de l’hôtel de Ville au moment de l’annonce des résultats. 

“Ce soleil tiède et clair qui dore la gueule des canons, cette odeur de bouquets, le frisson des drapeaux, le murmure de cette révolution qui passe, tranquille et belle comme une rivière bleue ; (…) il y a là de quoi griser d’orgueil et de joie l’armée victorieuse des républicains.

Ô grand Paris !

Lâches que nous étions, nous parlions déjà de te quitter et de nous éloigner de tes faubourgs qu’on croyait morts !

(…)

Embrasse-moi, camarade, qui as comme moi les cheveux gris ! Et toi, marmot, qui joue aux billes derrière la barricade, viens que je t’embrasse aussi !

Le 18 mars te l’a sauvé belle, gamin ! (…) Fils des désespérés, tu seras un homme libre ! »

Les partisans de Versailles ne partagent pas tout-à-fait cet optimisme. 

Pour l’historien Albert Sorel, contemporain des événements : 

“C’est une inondation de boue sanglante qui court la capitale ».

Théophile Gautier est plus poétique :

“Il y a sous toutes les grandes villes des fosses aux lions, des cavernes fermées d’épais barreaux où l’on parque les bêtes fauves, les bêtes puantes, les bêtes venimeuses, toutes les perversités réfractaires que la civilisation n’a pu apprivoiser, ceux qui aiment le sang, ceux que l’incendie amuse comme un feu d’artifice (…) ; population immonde, inconnue au jour, et qui grouille sinistrement dans les profondeurs souterraines. Un jour, il advient ceci, que le belluaire distrait oublie ses clefs aux portes de la ménagerie (…). Des cages ouvertes s’élancent les hyènes de 93 et les gorilles de la Commune.”

Le duc de Broglie analyse : 

« C’est le refus de la plèbe d’admettre l’ascendant normal des classes élevées et supérieures ».

Le dramaturge Ernest Feydeau médite : 

“Messieurs les ouvriers, par cela seul qu’ils caressaient mieux la bouteille que le travail, et se lavaient fort peu les mains, n’ayant pas le temps de le faire, se sont mis en tête que tout leur était dû, leur appartenait sur la terre, et qu’ils en savaient assez long, n’ayant jamais appris que chacun leur métier, pour se substituer avantageusement à tous les gouvernements des peuples civilisés. (…) Ce n’est même plus la barbarie qui nous menace, ce n’est même plus la sauvagerie, c’est la bestialité pure et simple.”

La Commune est composée de 92 élus. Elle se dote de 9 Commissions. Une Commission exécutive en assure la coordination. 

La Commune nourrit de grandes ambitions. 

Commissaire au travail, Léo Frankel écrit à Marx : 

“Si nous pouvions amener un changement radical dans les rapports sociaux, la Révolution du 18 mars serait la plus féconde que l’histoire ait enregistrée jusqu’à ce jour. » 

Pendant que la Commune s’organise, à Versailles, on ne reste pas les bras croisés.

Adolphe Thiers met sur pied une armée, essentiellement composée de paysans, qu’il chouchoute en vue de la reprise de la ville.

Mais à Versailles on s’interroge tout de même avec inquiétude : ces gens de la plèbe vont-ils marcher contre d’autres gens comme eux ?

Ils vont être vite rassurés. 

Dès le 2 avril, des attaques sont lancées sur Paris. 

Un ministre, Félix Lambrecht, soulage l’Assemblée versaillaise réunie sur l’avenue de Paris, en attente des nouvelles du front. 

Depuis sa calèche il lance en passant : 

« La meute a mordu ! »

Ces soldats de Versailles sont donc des chiens qui vont risquer leur vie pour ramener leur pitance à leurs maîtres.

Le lendemain, les Gardes Nationaux, exaltés, lancent une contre-offensive dans le désordre le plus complet. C’est un échec lamentable.  

Et c’est sous le feu permanent de l’ennemi que la Commune va devoir travailler. 

Elle parvient à s’entendre sur un programme, qui défend notamment : 

Le choix par l’élection ou le concours, avec la responsabilité et le droit permanent de contrôle et de révocation, des magistrats ou fonctionnaires communaux de tous ordres.”

“L’intervention permanente des citoyens dans les affaires communales par la libre manifestation de leurs idées, la libre défense de leurs intérêts.”

Pas sûr qu’on y soit en 2021…

Et les décrets s’enchaînent. 

“Plafonnement du salaire des fonctionnaires.” 

“Cantines municipales pour les nécessiteux.” 

“Doublement du salaire des instituteurs.”

“Gratuité de l’enseignement, qui devient laïque et obligatoire.”

“Séparation de l’Eglise et de l’Etat.”

“Remise des ateliers abandonnés à des comités ouvriers.” 

“Suppression des amendes patronales et retenues sur salaire.” 

“Suspension des loyers pour trois mois.” 

Gustave Flaubert commente cette mesure : 

“Voilà maintenant la Commune qui en revient au Moyen Age (…) Le gouvernement se mêle maintenant du droit naturel ; il intervient dans les contrats entre particuliers. (…) C’est énorme d’ineptie et d’injustice.”

La Commune abat la colonne Vendôme.

Louis Barron, un Communard, nous dépeint l’événement : 

“Elle s’est écroulée tout d’une pièce comme un décor, au coup de sifflet d’un machiniste, sur un beau lit de fumier. Aussitôt un grand nuage de poussière s’est élevé, tandis que s’éparpillaient, roulaient quantité de petits fragments, blancs d’un côté, gris de l’autre côté, pareils à de simples petits morceaux de plâtre bronze. Ce colossal symbole des exploits de la Grande Armée… comme il était fragile, vide, misérable ! Il semblait avoir été rongé par une multitude de rats, comme la France elle-même, comme sa vieille gloire terne, et l’on était surpris de n’en voir aucun courir aux égouts. La musique a joué des fanfares, je ne sais quelle vieille barbe a déclamé un discours sur la vanité des conquêtes, la scélératesse des conquérants et la fraternité des peuples, et on a dansé en rond autour des débris, et l’on s’est allé, très contents de la petite fête.”

Alexandre Dumas fils s’en prend au peintre Gustave Courbet, qui a inspiré le décret décidant l’abattement :

“De quel accouplement fabuleux d’une limace et d’un paon, de quelle antithèse génésiaque, de quel suintement sébacé peut avoir été généré (…) cette chose qu’on appelle M. Gustave Courbet ? Sous quelle cloche, à l’aide de quel fumier, par suite de quelle mixture de vin, de bière, de mucus corrosif et d’oedème flatulent a pu pousser cette courge sonore, cette incarnation du Moi imbécile et impuissant ?”

Les femmes participent activement à la Révolution.

L’écrivain Maxime du Camp raille cette volonté d’émancipation :

“Du haut de la chaire des églises converties en clubs, elles se dévoilèrent, de leur voix glapissante (…) elles demandèrent leur place au soleil, leurs droits de cité, l’égalité qu’on leur refuse et autres revendications indécises qui cachent peut-être le rêve secret qu’elles mettaient volontiers en pratique : la pluralité des hommes. (…) il n’y a guère à se tromper : presque toutes les malheureuses qui combattirent pour la Commune étaient ce que l’aliénisme appelle “des malades”. 

On croirait entendre des chroniqueurs de BFMTV vilipender Greta Thunberg…

Quant à Alexandre Dumas fils, il s’épanchera sur le cadavre des Communardes : 

« Nous ne dirons rien de ces femelles, par respect pour les femmes, à qui elles ressemblent quand elles sont mortes… » 

En attendant, les dirigeants de la Commune sont brocardés. 

Alphonse Daudet se moque de :

“Leurs têtes de pions, collets crasseurs, cheveux luisants, les toqués, les éleveurs d’escargots, les sauveurs du peuple, tous les mécontents, les déclassés, les tristes, les traînards, les incapables.”

On condamne l’internationalisme de la Commune, où siègent des étrangers comme le Hongrois Léo Fraenkel, à la tête de la Commission du travail. 

Un journaliste, Francisque Sarcey, accuse : 

“Paris était devenu l’égout collecteur de la lie et de l’écume des deux mondes. Il expiait par le cosmopolitisme du crime le cosmopolitisme de la corruption dont il s’était fait si longtemps le centre”. 

Et au moment de la chute de la Commune, George Sand concluera : 

“C’est la tour de babel tombée dans la merde ».

Francisque Sarcey interpelle par écrit l’élu Jules Vallès : 

“Vallès, tu es la paresse, tu es l’envie, tu es l’orgueil, tu es le communisme ! » 

Comme tous les Communards. 

Lisons un écrivain, Emile Montégut, nous révéler ce qui se passe à l’hôtel de ville.

« Toutes les salles antiques […] étaient occupées par la canaille vautrée dans sa crasse exultante, dans l’orgueil de son immondice ; ces pourceaux enragés, livrés à eux-mêmes, célébraient la gloire du prolétaire en buvant aux goulots des bouteilles. Dans la cour d’honneur campait (…) un ramassis de bandits, de souteneurs, d’étrangers accourus à la curée ; (…) des femmes, servantes sans place, ouvrières sans ouvrage, filles soumises (…) s’asseyaient aux cantines, bâfraient, s’empiffraient au compte de la patrie ; puis, comme il faisait chaud, elles ouvraient leurs corsages, troussaient leurs jupons sales et donnaient du plaisir aux braves fédérés (…) dans tous les coins s’amoncelaient les ordures humaines (…). L’hôtel de ville était devenu un cabaret, un lupanar, une latrine. (…) » 

Qu’importent ces calomnies, d’autres villes imitent Paris. 

A Saint-Etienne, Narbonne, Toulouse, Perpignan, Grenoble, Bordeaux, ou au Creusot, des insurgés occupent quelques jours l’hôtel de Ville. 

Le monde entier suit avec attention et souvent espérance les événements parisiens.

Mais les désaccords et la désorganisation minent la Commune. 

Pourtant pleinement acquis à ses idées, le journaliste Elie Reclus déplore :

« L’hôtel de ville est manifestement au-dessous de sa tâche (…) c’est un assemblage plus ou moins bizarre de fusionneurs, de communistes, d’individualistes, d’athées, de matérialistes, de spiritualistes, de catholiques avec quelques jésuites, d’ouvriers, de fractions rivales de l’Internationale, de millionnaires ou de pauvres diables. Nous avons tant et tant d’individus faisant partie de la Commune. Nous n’avons pas une Commune. »

Victor Hugo qui aime lui aussi la Commune a ce mot dur : 

“La Commune est une bonne chose mal faite.”

Pour Louis Rossel, l’un des rares officiers de métier à rejoindre les rangs des Communards : 

« Le gouvernement de la Commune vu de près ça a été un cauchemar ».

Quand, début avril, les combats commenceront avec les armées de Versailles, beaucoup de soldats paraderont plus qu’ils ne se battront. 

Mais ceux qui s’engageront le feront avec courage. 

Acceptant une charge honorifique, Elie Reclus leur rend hommage : 

“Je suis loin d’admirer la Commune ; je la blâme même souvent (…) mais je sens que, si la Commune périt, nous périssons tous avec elle. La conduite [des] généraux [de la Commune], la direction qu’ils donnent à la campagne ne me plaît qu’à demi, mais que [cette] armée triomphe ou soit vaincue, je veux avoir compté dans ses rangs, et, puisque je n’ai pas de concours militaire à lui donner, je lui donnerai tout ce que j’ai, toute mon activité, mes soucis de jour et de nuit, ma responsabilité.

(…) Ma conscience est émue quand, au crépuscule, je vois défiler un de leurs bataillons de marche allant au fort d’Issy ou à la tuerie de Neuilly. En avant, la musique remplit les airs et les cœurs des accents du Chant du Départ. Mais, dans les rangs, on est silencieux : les jeunes gens ont un entrain qui ressemble à la gaieté, mais les barbes grises sont tristes. Ça et là des femmes dans les rangs, ambulancières pour la plupart (…). Il y a des pères qui portent le dernier né dans leurs bras, un moutard s’accroche à leur capote, la mère marche à côté d’un pas ferme, portant le fusil du mari ; je salue leur drapeau rouge, tête nue, je les regarde passer.”

Le peuple affronte les événements avec sang-froid. Ou insouciance ? 

Émile Zola, alors journaliste et hostile à la Commune, demeure perplexe : 

“Ce qui fait mon continuel étonnement, c’est l’aspect animé des squares et des jardins publics. Aux Tuileries, des femmes brodent à l’ombre des marronniers, des enfants jouent, tandis que, là-haut, du côté de l’Arc de Triomphe, les obus éclatent.”

Le 21 mai, alors qu’un concert est donné aux Tuileries, les armées versaillaises entrent par la porte de Saint-Cloud. 

Les Communards avaient tenté de les rallier à leur cause en leur adressant un tract :

“Le peuple de Paris aux soldats versaillais

Frères !

L’heure du grand combat des peuples contre leurs oppresseurs est arrivée !

N’abandonnez pas la cause des travailleurs !

Faites comme vos frères du 18 mars !

Unissez-vous au peuple, dont vous faites partie !

Laissez les aristocrates, les privilégiés, les bourreaux de l’humanité se défendre eux-mêmes, et le règne de la justice sera facile à établir.

(…)

Venez à nous, au milieu de nos familles. Vous serez accueillis fraternellement et avec joie.

Le peuple de Paris a confiance en votre patriotisme.

Vive la Commune !”

Oui, vive la Commune. 

Leurs frères viendront bien jusque dans leurs bras, mais comme dans la Marseillaise : pour les égorger.

Pendant une semaine, du 21 au 28 mai, c’est la Semaine sanglante. 

Les armées versaillaises progressent de l’Ouest à l’Est de Paris. 

Les Communards leur opposent une résistance acharnée.

L’écrivain Georges Bernanos rend compte de l’horreur de la guerre civile. 

« Les généraux versaillais pataugeaient dans Paris dans un lit de cadavres, du sang jusqu’à la braguette »

Les cadavres s’empilent dans les rues comme des bûches. 

Le Communard Benoît Malon s’indigne : 

“On traitait [les femmes] à peu près comme les malheureuses Arabes des tribus insurgées : après les avoir tuées, on les dépouillait, agonisantes encore, d’une partie de leurs vêtements, et quelquefois l’insulte allait plus loin, comme au bas du faubourg Montmartre et sur la place Vendôme, où des femmes furent laissées nues et souillées sur le trottoir.”

En représailles, des insurgés fusillent des otages, dont l’archevêque de Paris. 

Des massacres sont perpétrés par des soldats de la Commune et par la foule, comme celui de la rue Haxo, dans les 19e et 20e arrondissements, où une cinquantaine d’otages sont tués. 

Les crimes des Communards sont cependant sans proportion avec ceux des Versaillais. 

Les voilà maintenant au pied de Montmartre, le 23 mai 1871. 

Louise Michel raconte : 

“Les balles pleuvent (…) on se bat au cimetière. (…) Nous sommes de moins en moins ; nous nous replions sur les barricades, elles tiennent encore.

Drapeau rouge en tête, les femmes étaient passées ; elles avaient leur barricade place Blanche, il y avait là, Elisabeth Dimitrief, madame Lemel, Malvina Poulain, Blanche Lefebvre, Excoffons. André Léo était à celles des Batignolles. Plus de dix mille femmes aux jours de mai, éparses ou ensemble, combattirent pour la liberté.

(…) Un peu après passa Dombwroski à cheval avec ses officiers.”

Un officier polonais qui avait pris fait et cause pour la Commune. Il a 35 ans. 

“ — Nous sommes perdus. 

 — Non ! 

Il me tendit les deux mains : c’est la dernière fois que je l’ai vu vivant.

C’est à quelques pas de là qu’il fut blessé mortellement, nous étions encore sept à la barricade, quand il passa de nouveau cette fois, couché sur une civière presque mort, on le portait à Lariboisière où il mourut.

Bientôt, des sept, nous n’étions plus que trois.

Un capitaine de fédérés (…) me parlait de son fils, un enfant de douze ans à qui il voulait laisser son sabre en souvenir. 

 — Vous le lui donnerez, 

comme s’il eût été probable que quelqu’un survécût. Nous nous étions espacés tenant à nous trois toute la barricade, moi au milieu, eux de chaque côté. (…) On n’eût jamais cru que nous étions si peu ; nous tenions toujours. (…) Tout se changeait en abattoir, l’Élysée Montmartre regorgeait de cadavres. 

Alors, s’allumèrent comme des torches les Tuileries, le Conseil d’État, la Légion d’honneur, la Cour des Comptes. Qui sait, si n’ayant plus leur repaire il serait aussi facile aux rois de revenir.

Hélas ! Ce sont les mille et mille rois de la finance qui sont revenus avec la bourgeoisie.”

Lissagaray décrit la répression qui suit la prise de Montmartre : 

“À peine installé à Montmartre, l’état-major versaillais commence des holocaustes aux mânes de Lecomte et de Clément Thomas.”

Les deux généraux tués tout au début de la Commune.

“Quarante-deux hommes, trois femmes et quatre enfants ramassés au hasard sont conduits au n° 6 de la rue des Rosiers, contraints de fléchir les genoux, tête nue, devant le mur au pied duquel les généraux ont été exécutés le 18 mars. Puis on les tue. Une femme qui tient son enfant dans les bras refuse de s’agenouiller, elle crie à ses compagnons :

« Montrez à ces misérables que vous savez mourir debout. »

Le 28 mai 1871, dans le XIe arrondissement, la dernière barricade est prise :

« À onze heures, les fédérés n’ont presque plus de canons, les deux tiers de l’armée les entourent. Rue du Faubourg-du-Temple, rue Oberkampf, rue Saint-Maur, rue Parmentier, on veut encore lutter. Il y a là des barricades qu’on ne peut tourner et des maisons qui n’ont pas d’issues. L’artillerie versaillaise les canonne jusqu’à ce que les fédérés aient consommé leurs munitions. (…) 

La fusillade s’assoupit ; il y a de longs silences. Le dimanche 28 mai, à midi, le dernier coup de canon fédéré part de la rue de Paris que les Versaillais ont prise. La pièce bourrée à double charge exhale le suprême soupir de la Commune de Paris.

La dernière barricade des journées de Mai est rue Ramponneau. Pendant un quart d’heure, un seul fédéré la défend. Trois fois il casse la hampe du drapeau versaillais arboré sur la barricade de la rue de Paris. Pour prix de son courage, le dernier soldat de la Commune réussit à s’échapper. »

Tous les Parisiens n’étaient pas du côté de la Commune, loin de là. 

Certains qui soutenaient Versailles étaient restés à Paris pendant tous les événements. Ils peuvent maintenant laisser éclater leur haine. 

Le photographe Nadar assiste à la procession des prisonniers vers le fort de Satory, à Versailles, où ils seront incarcérés dans d’atroces conditions.

“Le double cordon des cavaliers d’escorte fléchissait par instants sous la terrible pression des spectateurs, ayant peine à couvrir les captifs (…). Des messieurs bien vêtus, des « dames » se heurtaient, se poussaient pour injurier de plus près les prisonniers (…) et, au paroxysme de la folie sanguinaire (…) hurlaient ces cris horribles que j’entends encore : 

 « À mort ! À mort ! – Ne les emmenez pas plus loin ! – Ici ! – Tout de suite » (…)

Les prisonniers avançaient toujours, semblant ne vouloir voir ni entendre. L’un d’eux pourtant se retourna et cria, tendant le poing : 

 « Lâches !… »

À ce moment, comme une trombe, un monsieur âgé et gras, décoré, de tenue respectable, venait de faire irruption du café de la Paix, et, fendant la foule, était parvenu au centre de l’escorte d’où il frappait d’estoc et de taille les prisonniers à coups de canne… 

(…) nous entendîmes une voix stridente entre toutes, une voix de femme, glapissant en fausset suraigu, vers les nuages : 

« Arrachez-leur les ongles. » 

Arthur de Gobineau, pourtant très hostile à la Commune, s’émeut : 

“Il y a des femmes en quantité, j’ai vu des jeunes filles de quatorze à quinze ans. Les hussards qui les escortent frappaient dessus à coups de sabre. J’ai vu fendre la tête d’un homme qui n’avançait pas. (…) La foule des spectateurs applaudissait, riait, était charmée, et parmi ces spectateurs une quantité de messieurs et de dames (…) Sur les promenades de Versailles, on voit des soldats traînards revenant de Paris et entourés de promeneurs qui les interrogent : 

“- Moi j’ai tué une femme” 

“- Moi, j’ai expédié d’un coup de baïonnette un enfant incendiaire.”

“- vraiment, mon ami ?” dit une dame respectable, son livre de messe à la main, et elle lui donne de l’argent.”

Partout, nous marchons sur des morts,

“Au parc Monceau, on a fusillé et enterré”

“Au parc du Luxembourg”

“Aux Buttes-Chaumont”

“Au pied de la Tour Saint-Jacques, on a enterré vivants”

“A la caserne Lobau, derrière l’hôtel de Ville, on a exécuté”

“Dans la crypte de l’église Saint-Joseph” 

Pour le poète Jules Jouy : 

« Quand Paris ferme ses paupières, chaque nuit, dans l’enclos obscur, des râles s’échappent des pierres du mur. »

En tout cas, Thiers est content. Devant l’Assemblée il proclame : 

« Nous les avons enlevées, ces formidables murailles de Paris. Nous avons remporté une victoire immense, une des plus grandes victoires que l’ordre social et la civilisation aient remportées ».

L’historien Albert Sorel analyse : 

« L’armée a été admirable et on a su réunir l’élite de nos généraux. Monsieur Thiers s’est montré personnellement un merveilleux ministre de la Guerre et intendant général. »

Alphonse Daudet exulte : 

« Sauvés ! Sauvés ! Paris était au pouvoir des nègres. »

Emile Zola, oui, Emile Zola, conclut : 

“Le bain de sang que le peuple de Paris vient de prendre était peut-être d’une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres.”

Mais il faut encore juger les vivants. Le journal Le Figaro exhorte : 

« Nos soldats ont simplifié la besogne des cours martiales. Mais il ne faut pas se dissimuler que beaucoup de coupables ont encore échappé au châtiment. Il reste à Monsieur Thiers une mission importante : celle de purger Paris. (…) Allons, honnêtes gens, un coup de main, pour en finir avec la vermine démocratique et sociale.»

Ximénès Doudan ironise : 

« Les amateurs de chasse à courre feront bien de ne plus s’amuser aux loups et au pauvre renard, ils ont un plus digne objet de leur exercice ».

Alors que Paris est rouge de sang, George Sand retrouve avec bonheur ses riches appartements, et donne toute la mesure de son sens des priorités :

“Mon mobilier est sauvé ! (…) “Les exécutions vont leur train. C’est justice et nécessité.”

Plus de 40 000 Communards seront envoyés au bagne, notamment en Nouvelle-Calédonie. 

Ce sera le cas de Louise Michel qui s’exprime ainsi à son procès :

 » Je ne veux pas me défendre, je ne veux pas être défendue ; j’appartiens tout entière à la révolution sociale, et je déclare accepter la responsabilité de tous mes actes. […] 

Vous êtes des hommes qui allez me juger : vous êtes devant moi à visage découvert ; vous êtes des hommes, et moi je ne suis qu’une femme, et pourtant je vous regarde en face. […] 

Puisqu’il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n’a droit qu’à un peu de plomb, j’en réclame ma part, moi ! Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance, et je dénoncerai à la vengeance de mes frères les assassins de la commission des grâces… […]

Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi !  » 

Fils de bonne famille, polytechnicien et Communard, le capitaine Rossel assume dans la prison : 

« Ce que j’ai fait c’est en haine de ceux qui ont livré ma patrie et en haine d’un ordre social que je n’accepte pas. »

Refusant d’être gracié contre son exil à vie, il sera fusillé. 

Alors que l’armée versaillaise a compté moins d’un millier de tués, combien de Communards ont trouvé la mort ? 6 000 ? 10 000 ? 15 000 ? 20 000 ?

Les spécialistes nous le diront.

Il ne suffit pas de tuer, pour les conservateurs. Il faut prendre le mal à sa racine. 

Gustave Flaubert expose à George Sand ses projets de réforme : 

“ Je crois que la foule, le troupeau sera toujours haïssable (…) Le premier remède serait d’en finir avec le suffrage universel, la honte de l’esprit humain.” 

Alphonse Daudet se plaint des méfaits de l’éducation chez les petites gens : 

“Au lieu des beaux livres tout en or et en images où les enfants apprenaient l’histoire des fées, Paris maintenant leur a mis dans les mains la science à la portée des enfants, de gros bouquins d’où l’ennui monte comme une poussière grise et efface dans les petits yeux leurs palais enchantés et leurs miroirs magiques.”

L’écrivain Emile Montégut demande aux classes élevées de faire quelque chose pour les classes souffrantes : 

“La paix et la concorde doivent venir d’en haut, descendre, ne pouvant monter. C’est le devoir des compréhensifs, des forts, de tendre la main aux faibles, aux enténébrés. (…) Avec un peu de douceur, beaucoup de charité, on apaise les bêtes frustes qui tendent le dos, se soumettent sous l’étonnement d’une caresse.”

Ernest Feydeau est plus radical : 

“Ce que je veux, ce qu’il me faut, et tout de suite, c’est un bâton, un fouet terrible, bien coupant, manié par une main ferme, et qui déchire, sans relâche ni pitié, tous les gredins suspects, tels que les socialistes de toutes couleurs, de vouloir faire le “bonheur de l’humanité”. 

En 1880, une loi d’amnistie permet aux exilés de rentrer. 

Au combat pour l’égalité succède celui pour la mémoire, encore bien actuel, à en croire les débats qui ont eu lieu récemment sur la question à l’Assemblée Nationale et au Conseil de Paris. 

La mémoire de la Commune doit être autant défendue que l’idée de justice. 

Paul Verlaine a participé à la Commune comme employé de l’hôtel de Ville. Après avoir échappé à la répression, il prévient : 

“Ils nous ont enchaînés ! mais les chaînes sont faites

Pour tomber sous la lime obscure et pour frapper

Les gardes qu’on désarme, et les vainqueurs en fêtes

Laissent aux évadés le temps de s’échapper.

Et de nouveau bataille ! Et victoire peut-être,

Mais bataille terrible et triomphe inclément,

Et comme cette fois le Droit sera le maître,

Cette fois-là sera la dernière, vraiment !”

Ecoutons maintenant Louise Michel 

“Quand la foule aujourd’hui muette,

Comme l’Océan grondera,

Qu’à mourir elle sera prête,

La Commune se lèvera.

Nous reviendrons foule sans nombre,

Nous viendrons par tous les chemins,

Spectres vengeurs sortant de l’ombre,

Nous viendrons nous serrant les mains.

La mort portera la bannière ;

Le drapeau noir crêpe de sang ;

Et pourpre fleurira la terre,

Libre sous le ciel flamboyant.

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