Elue depuis juin 2020, en charge de la Participation Citoyenne au sein de la Mairie du 18ème arrondissement de Paris, je suis issue du mouvement citoyen A Nous La Démocratie. J’ai décidé de m’engager au sein de ce mouvement car il semblait être un des seuls à répondre à une de mes questions concrètes : comment s’engager pour que ma voix et celle des autres soient entendues, sans pour autant devoir se ranger derrière une ligne idéologique fixe sur les autres sujets ? En gros : comment faire pour que chacun puisse s’exprimer, d’où qu’ils ou elles viennent, qui ils ou elles soient.

L’exercice d’un mandat local m’a permis de confirmer ce sentiment général : une fois élu.es, certain.es représentant.es ne se considèrent plus comme des citoyen.nes à part entière. Un constat qui interroge le statut de l’élu, et l’avenir de la démocratie, même représentative.

Combien de fois ai-je entendu : « Les citoyens veulent ça », « on va consulter les citoyens », « eux », « les gens pensent que », « on doit plus associer les citoyens à nos décisions »… A quel moment les élu.es ont-ils perdu leur statut de citoyen.nes ?  A chaque fois, par ces formulations, l’élu.e qui parle s’exclut lui-même ou elle-même de la communauté des citoyen.nes de sa commune, son département, son pays. Ce n’est pas qu’un phénomène local. Le Président de la République parle aux français.es d’une façon infantilisante et paternaliste comme si, lui-même, se trouvait au-dessus des citoyen.nes et qu’il savait ce qui était « bon pour eux ». 

Il me semble pourtant que, dans un système de démocratie représentative comme le nôtre, les élu.es devraient être (sont ?) des citoyen.nes comme les autres, leur fonction étant de représenter les habitant.es d’un territoire donné. Sans nier les idées ou le programme d’un.e élu.e, les citoyen.nes attendent de ce ou cette élu.e d’être le porte-voix de leurs aspirations pour prendre des décisions de politique publique.

Le grand paradoxe de notre système actuel est que nous avons besoin de créer des instances de démocratie directe, ou participative, pour pallier les manquements de notre modèle de représentation et redorer l’image des représentant.es.

Cela pose la question de la réelle représentativité du mode, unique, de désignation actuel qu’est le vote. Nous savons pertinemment que les fonctions politiques sont accaparées par des personnes aux parcours et aux modèles quasi identiques (Grandes Ecoles, parcours militant qui formatent, issues des catégories sociales et professionnelles les plus élevées de la société…). Celles et ceux-ci sont souvent qualifié.es de déconnecté.es,  du monde qui les entoure mais aussi de leurs concitoyen.nes. Ces représentant.es ne sont pas toujours à l’écoute, prenant leur élection comme un blanc-seing pour le temps de leur mandat. Combien de fois avons-nous entendu un ou une élu.e dire « J’ai été élu sur un programme, je vais l’appliquer », en oubliant à chaque fois qu’une grande partie ne s’est pas exprimée, l’abstention étant le premier parti de France. Elu.e par la majorité des votants, ils et elles ne doivent pas en oublier pour autant leur fonction de représentant.e de l’ensemble des citoyen.nes de sa commune, de sa région, de son territoire, qui d’ailleurs ne lui appartiennent pas.

Aujourd’hui, les instances de démocratie participative sont souvent utilisées comme des gadgets pour pseudo légitimer des décisions prises par les élus. Elles devraient au contraire exister de façon permanente comme caisses de résonnance des aspirations, idées, besoins de chacun et chacune. Et être prises en compte de façon réelle. Il n’y a rien de pire que de laisser croire aux citoyen.nes qu’on les écoute, en les faisant travailler, pour au final ne pas prendre en compte ce qui ressort de ces instances. Un.e élu.e ne peut pas prendre que des décisions qui l’arrangent. Il ou elle doit aussi dire, en toute honnêteté, aux citoyen.nes que leurs propositions ne sont vraiment pas réalisables ou que la collectivité à laquelle ils et elles appartiennent n’a pas la compétence pour les mettre en œuvre.

Dans ces instances, le tirage au sort est perçu comme la solution. Or, il ne s’agit en fait qu’un autre moyen de désigner des représentant.es. A la différence que celles et ceux-ci sont peut-être plus représentatifs. Et peut-être également plus sincères dans leur démarche pour l’intérêt collectif, n’ayant pas à se soumettre à une nouvelle élection pour leur carrière, ou à défendre une idéologie de parti. 

Si la Convention Citoyenne pour le Climat a fait des propositions innovantes et qui semblaient faire consensus dans la population c’est, peut-être, parce que ce mode de désignation est plus représentatif. Il est apparu aussi que dans cette assemblée avec des profils pourtant opposés, les débats étaient souvent plus apaisés et constructifs qu’au sein d’instances classiques. L’Assemblée Nationale par exemple ressemble à un lieu de joutes politiques, verbales, souvent puériles qui peuvent parfois faire honte, quand on s’attend à la construction de loi pour l’intérêt général.

Pour autant, les citoyen.nes aussi ont eux aussi leur part de responsabilité. Elles et ils ont pris l’habitude de cette personnification du pouvoir. Tout comme de déléguer leur pouvoir aux élu.es, car rien n’est plus facile que de juger celui qui prend ses responsabilités. L’exercice du pouvoir n’est pas toujours chose facile, et peut parfois être ingrat. La suspicion qui pèse sur les élu.es, héritée de plusieurs générations d’élu.es déconnecté.es, est toujours bien présente.  Certaines et certains ont aussi été habitué.es au clientélisme : des élu.es qui répondent à des demandes individuelles dans le seul but de gagner des votes.

Même tiré.es au sort les citoyen.nes-représentant.es doivent avoir un mandat et s’engager à rendre compte.

Au regard de ces constats, plusieurs chantiers s’imposent.

Il s’agit tout d’abord, de garantir une meilleure représentativité des élu.es. Et un changement de posture réel de ces représentant.es. La représentativité et la transparence sont une nécessité pour résorber la défiance désormais établie depuis trop d’années, des citoyen.nes envers leurs représentant.es. Il est plus que temps d’agir. Plusieurs pistes sont possibles :

  • Obliger les représentants à faire des bilans de leurs décisions et de leurs mandats régulièrement ;
  • Renforcer la transparence sur l’utilisation des fonds publics (vulgariser les budgets, faire un meilleur suivi public…) ;
  • Limiter le cumul des mandats dans le temps (actuellement certains mandats ne sont pas cumulables en même temps, ce qui n’empêche pas pour autant à des élus de faire carrière en politique, cherchant toujours la ré-élection. Tout en étant de plus en plus en déconnexion) ;
  • La remise en cause de certains privilèges des élus (indemnités très élevées, logements de fonction indécents, déjeuner à 12 pendant le confinement…).

Il faudra aussi mettre en place des instances permettant à tous les citoyen.nes de s’exprimer et de faire remonter leurs avis, propositions, besoins… tout en participant à la construction des politiques publiques :

  • Conférences citoyennes sur des sujets où le consensus peut être difficile à trouver, type réforme des retraites ou bioéthique ;
  • Vraies concertations réglementaires à l’échelle locale, où les habitants sont intégrés dès le début des projets et leurs propositions entendues ;
  • Un référendum d’initiative citoyenne pour permettre à la fois aux citoyens de « recadrer » leurs élus, mais aussi de mettre sur le devant de la scène des sujets qui pourraient ne pas être considérés comme prioritaires ;
  • Et même, pourquoi pas, un Sénat tiré au sort.

Enfin, des outils sans citoyen.nes en capacité de les comprendre, les utiliser et challenger leurs représentant.es, sont inutiles. Aussi est-il nécessaire de travailler sur la citoyenneté. Par exemple mieux former tous les citoyen.nes, dès l’enfance, pour qu’ils se sentent en capacité et légitimes de se présenter à une élection.

Citoyenneté, Transparence et plus grande Souveraineté sont les axes forts pour permettre à chacun, et chacune, d’être pleinement des citoyens et des citoyennes. Et, un temps dans leur vie, représenter les autres pour permettre la décision politique pour l’intérêt général. 

Enfin, en ce mois de Mars 2021, l’Appel du Comité Central de la Garde Nationale raisonne plus que jamais

CITOYENS,

  • Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre propre vie, souffrant des mêmes maux.
  • Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne considèrent que leurs propres intérêts et finissent toujours par se considérer comme indispensables.
  • Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action ; ils sacrifieront tout à un discours, à un effet oratoire ou à un mot spirituel.
  • Évitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère.
  • Enfin, cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du Peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue.
  • Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c’est aux électeurs à choisir leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter.
  • Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considéreront jamais comme vos maîtres. »

— Hôtel-de-Ville, 25 mars 1871. Le Comité central de la Garde nationale


Fanny Bénard
Elue A Nous La Démocratie
Maire Adjointe en charge de la participation citoyenne
dans le 18ème arrondissement de Paris

 Photo : canva.com

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