À nous la démocratie ! s’intéresse de près aux expériences politiques en cours en Europe, et notamment en Espagne. Dimanche 1er octobre, les médias français se sont fait les relais d’images violentes : une répression policière brutale s’est abattue sur les électeurs qui se rendaient aux urnes pour se prononcer sur le référendum d’autodétermination. Organisé à l’initiative du gouvernement de la communauté autonome de Catalogne, ce référendum était d’emblée sujet à de vives critiques, de la part du gouvernement espagnol et du tribunal constitutionnel, qui refusaient d’en reconnaître la validité, aussi bien que d’une partie de la population catalane. Si les images de violences policières soulèvent d’abord la sympathie pour les citoyens ainsi brutalisés, elles n’interdisent pas de chercher à en savoir plus sur les aspirations des catalans, et les évolutions du champ politique qui se déroulent sous nos yeux.

Nous avons ainsi contacté des adhérents et des sympathisants d’À nous la démocratie ! à Barcelone, pour recueillir leurs témoignages, qui viennent s’ajouter à plusieurs articles éclairants de la part d’organes de presse français – notamment cette analyse parue dans Libération et, plus récemment, un article du Monde plus factuel. Nous avions une question simple à leur poser : ce qui se déroule actuellement en Catalogne révèle-t-il une aspiration démocratique ?

La réponse d’une de nos sympathisantes, française établie à Barcelone depuis 7 ans, est nuancée : les indépendantistes, ces dernières semaines, sont entrés dans une telle confrontation tellement frontale avec le gouvernement de Mariano Rajoy, que le soutien populaire relatif dont ils pouvaient se targuer jusque-là peut céder place à l’exaspération de la « majorité silencieuse ». Pour les catalans qui ne voient dans l’autodétermination qu’un jeu politique dangereux aux conséquences immédiatement délétères (son compagnon travaille pour une firme dont les clients menacent de partir si son nom mentionne toujours « Barcelone »), l’indépendance n’est guère attrayante. Ils n’en condamnent pas moins sans hésiter le blocage politique et la réaction policière disproportionnée de Madrid.

L’un de ses amis, Eduard, avocat catalan d’une trentaine d’années, a pris le temps de revenir avec nous sur les racines historiques du problème. Laissons-lui la parole :

Je pense que tout a commencé avec le premier gouvernement Aznar, qui a fait une sorte de pacte avec les nationalistes basques et catalans. Ce pacte n’a pas été respecté, et Aznar a ensuite mené une politique très centralisatrice, qui a conduit le mouvement indépendantiste à grossir. La droite catalane, historiquement implantée dans la bourgeoisie des villages, est allée chercher les voix des indépendantistes pour gouverner. Cela a mené à la réforme de l’Estatut de Catalogne (qui donne davantage d’autonomie à cette communauté), de sorte que le PP (la droite espagnole) a commencé à orchestrer une campagne : pourquoi les catalans devraient-ils avoir plus de droits que nous ?

Eduard explique que l’un des enjeux, dès les années 2000, est la solidarité nationale : comme au pays basque, les indépendantistes catalans exigent que la communauté autonome prélève ses impôts et gère ses recettes fiscales, en reversant à Madrid le coût des services publics assurés sur tout le territoire espagnol, dont la Catalogne. Mais la crise financière, puis économique, qui touche l’ensemble du pays à la fin des années 2000, fait s’éloigner cette perspective : Madrid refuse de laisser cette région riche gérer seule ses finances publiques.

Le plan B, en 2015, a été d’organiser un plébiscite pour l’indépendance, en convoquant de nouvelles élections. Le résultat a surpris tout le monde : au total, la « coalition pour le oui » et l’extrême-gauche parviennent à 48% des suffrages. Même si les indépendantistes ne voulaient pas l’indépendance immédiatement, la pression monte, d’autant que Podemos a remporté la mairie de Barcelone, avec un programme qui soutenait le droit des catalans à décider de leur indépendance. Des associations puissantes, distinctes des partis politiques, comme l’ANC, réclament la tenue d’un nouveau referendum. Le problème, c’est qu’en septembre, le gouvernement catalan commence à improviser : sans respecter le règlement du Parlement, ni l’Estatut, ni le conseil de garantie de l’Estatut qui n’est même pas saisi, ils mettent en oeuvre un référendum en annonçant que si le « oui » passe, on déclarera tout de suite l’indépendance. On prend une décision à moins de 50% des parlementaires, alors qu’il en aurait fallu les 2/3.

Du coup, les jours précédant le vote, la situation était très tendue : alors que les années passées, Madrid laissait faire en arguant que tout cela ne servait à rien, en septembre 2017, on a retiré les isoloirs, les urnes et les bulletins, et seuls les indépendantistes convaincus sont allés tenir les bureaux de vote avec les moyens du bord, en dormant dans les écoles la veille, et en faisant face à la répression policière ensuite.

Contacté de nouveau quelques jours plus tard (dimanche 8 octobre), au moment des manifestations en blanc réclamant un dialogue entre les « espagnolistes » et les indépendantistes, Eduard ajoute :

Il n’y a pas à l’heure actuelle de majorité pour l’indépendance. L’opinion est très divisée, entre de grosses minorités très attachées à l’indépendance ou au maintien, et une majorité qui réclame avant tout le dialogue. Mais ce dialogue n’a jamais eu lieu, contrairement à l’Ecosse, par exemple, ou au Québec. L’Etat espagnol agite la menace de l’article 155 de la constitution, qui permet de suspendre les institutions d’une communauté autonome – non seulement le parlement, mais aussi la police, ou encore la télévision publique. C’est ce qui peut se passer dans les jours qui viennent.

Ce témoignage n’a pas vocation à dresser un tableau exhaustif des positions politiques en Catalogne. Eduard nous conseille d’ailleurs de donner la parole à des citoyens favorables au camp de l’indépendance, et à ceux qui n’en veulent pas. L’un de ses amis a notamment été interrogé par le Guardian :

Nous recueillons en ce moment d’autres témoignages de citoyens catalans, pour enrichir ce dossier : vos contributions sont les bienvenues, chers lecteurs ! La question faussement simple posée par le titre de cet article est tout sauf tranchée, on le voit. À nous la démocratie ! cherche avant tout à éclairer de plusieurs points de vue cette crise qui n’est pas que démocratique.

Mise à jour du 1er novembre 2017 : un nouveau témoignage, recueilli le 10 octobre au soir. Ramón Bochaca a trente ans et vit à Gérone, la capitale de la Généralitat de Catalogne. Après des études d’histoire et un master d’enseignement, il exerce la profession d’éducateur social.

À nous la démocratie ! : Cette après-midi, Carles Puigdemont, le président de la Généralitat de Catalogne, a annoncé que le referendum du 1er octobre donnait droit à l’indépendance de la Catalogne. Il en a cependant suspendu l’application. Comment perçois-tu cette déclaration ?

Ramón : Je considère cette déclaration comme une manœuvre stratégique de la part de Puigdemont pour, à terme, négocier avec Madrid un nouveau statut d’autonomie de la Généralitat de Catalogne. C’est une posture de négociation pour obtenir une autonomie approfondie. Le parcours de Carles Puigdemont n’est pas, en fait, si radicalement indépendantiste qu’on le présente souvent dans les médias. Il a construit sa militance au sein de la Convergence démocratique de Catalogne, la CDC, un parti catalaniste mais modéré sur le sujet de l’indépendance. C’est le parti fondé par Jordi Pujol, gouverneur de la Catalogne pendant 23 ans de la démocratisation jusqu’en 2003. Carles Puigdemont vient d’un milieu familial modeste. Mais la CDC, elle, est un parti modéré rassemblant surtout la bourgeoisie catalane et barcelonaise. C’est un parti qui a toujours su défendre les intérêts des milieux d’affaire catalans dans les négociations avec Madrid. Il n’a d’ailleurs pas été épargné par les scandales corruptions, qui ont éclaboussé Jordi Pujol directement ou encore Arturo Mas, l’ancien gouverneur de la Généralitat. Puigdemont n’a jamais été inquiété par des scandales. Si lui et le Parti démocrate européen catalan, le PDeCAT [qui est une refonte de la CDC datant de 2016], sont maintenant si indépendantistes, c’est selon moi parce que la population catalane est de plus en plus opposée au pouvoir de Madrid. Puigdemont et le PDeCAT ne font que suivre et alimenter à la fois le désaveu du pouvoir espagnol par les Catalans.

À nous la démocratie ! : La population catalane est donc, selon toi, majoritairement indépendantiste ? Qu’en penses-tu ?

Ramón : Tu sais, j’habite maintenant en ville, à Gérone qui est la capitale de la Généralitat, mais je viens d’une zone très rurale de la Catalogne, au pied des Pyrénées. Là où j’ai grandi, tu peux passer toute ta semaine sans parler castillan : les voisins, les commerçants, dans les écoles, au travail…On parle tout le temps catalan. L’identité catalane est très forte. Tout le monde maîtrise le castillan, mais on s’y sent clairement catalan. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup voyagé en Espagne et aussi sur d’autres continents, et je considère qu’en tant que Catalans, nous partageons énormément de traits culturels avec les autres Espagnols, qu’ils soient Castillans, Andalous, Basques ou Galiciens. J’estime que l’on fait partie d’un ensemble commun. Personnellement, je défends un fédéralisme espagnol et je suis pour l’État multinational. Mais l’union avec Madrid et le reste de l’Espagne fonctionne mal, et surtout au détriment des Catalans.

À nous la démocratie ! : Veux-tu dire que, d’avantage que les raisons culturelles, ce sont les raisons économiques qui poussent les Catalans à vouloir se séparer de l’Espagne, sachant qu’avec Madrid, ils vivent dans l’une des deux régions les plus riches d’Espagne ?

Ramón : C’est une grande question, en effet. C’est vrai que la Catalogne est une région riche, mais les Catalans sont loin d’être tous riches. Les prix, notamment de l’immobilier, sont plus élevés qu’ailleurs. Mais les services publics aussi coutent plus chers ! En Catalogne, et contrairement au système fiscal du Pays basque et de la Navarre, les impôts sur le revenu sont directement versés à l’État central, qui redistribue ensuite aux régions, dont la Catalogne. Selon moi, le problème ce n’est pas cela, mais c’est que les services publics sont plus chers en Catalogne. À Madrid, l’autoroute est gratuite, pas en Catalogne. J’ai terminé il y a peu mes études en Catalogne. Je devais payer 2 000 euros de frais d’inscription à l’université public de Gérone, tandis qu’en Aragon, en Andalousie, ou au Léon, j’aurais dû payer seulement 900 euros. Je travaille maintenant dans le secteur social et solidaire auprès de gens de salariés, ici en Catalogne. Ils sont gendarmes, militaires, caissiers. Ils ont des emplois stables mais modestes. Quand ils vont voir leur familles ou leurs amis en Andalousie ou au Léon, ils se rendent compte qu’ils y vivent mieux et dépensent moins, même pour les services publics. Et ça, c’est vrai, ça génère beaucoup de frustrations et de ressentiments.

À nous la démocratie ! : Et le fait que le nouveau statut d’autonomie de 2006 ait été amputé en 2010 de certains articles par le Tribunal constitutionnel à la demande du Parti populaire (PP), de droite, touche justement à ces aspects-là ?

Ramón : Oui, en partie. Depuis la crise de 2008 et le retour au pouvoir du PP, la position de la droite s’est imposée. En 2010, le PP a fait abroger par le Tribunal constitutionnel des articles touchant surtout sur la reconnaissance de la « nation catalane » et l’utilisation du catalan dans les administrations de la région. Des articles sur la justice et les financements de la région ont aussi été enlevés. Mais il faut dire que le PP avait demandé d’enlever des articles qui existent déjà dans d’autres statuts d’autonomie régionale en Espagne, et cela au prétexte que ces articles étaient inconstitutionnels. Du point de vue de la majorité des Catalans, et du mien aussi, les dirigeants du PP bloquent toute négociation en se retranchant derrière la Constitution, mais ils l’ont eux-mêmes amendé bien des fois quand ça les arrangeait ! Cette relation avec le Parti populaire, avec la droite madrilène et postfranquiste, est au cœur des tensions. Le PP est le premier parti au Parlement national de Madrid, les Cortes Generales, mais il est ultra-minoritaire en Catalogne. Pour les Catalans, le PP est clairement un parti qui ne les représente pas. Alors si en plus si les dirigeants du PP – dont fait partie Rajoy – ne veulent rien discuter en se servant avec mauvaise foi de la Constitution, pas étonnant que les Catalans se retrouvent à voter pour les indépendantistes.

À nous la démocratie ! : Et cette aversion des Catalans pour le PP est ancienne, n’est-ce pas ?

Ramón : Oui ! Et personnellement je trouve qu’elle est justifiée, car le PP est un parti postfranquiste, et même toujours franquiste à bien des égards. Depuis la Constitution de 1978, le PP a surtout recruté dans des milieux franquistes. Ce sont les mêmes cadres du franquisme qui sont ainsi restés au pouvoir avec le PP. Et beaucoup des cadres actuels du PP sont issus de familles franquistes. Certains faisaient partie des jeunesses franquistes. Pour les Catalans, qui ont beaucoup souffert du Franquisme, surtout durant la guerre civile, c’est grave. Mais surtout, les dirigeant du PP conservent largement cette culture franquiste et continuent à gouverner de façon autoritaire et tout à fait méprisante ! Tout ce qui ne leur plaît pas est forcément irresponsable voire même « fou », c’est le terme qu’ils utilisent. Le discours télévisé du roi Felipe VI du 3 octobre, juste après le référendum, en a fourni une illustration magistrale. Malgré les scandales de corruption touchant sa propre famille, il déclare illégal le référendum du 1er octobre et en appelle à la démocratie tandis qu’il est assis devant le portrait de son ancêtre Carlos III, le roi emblématique de l’absolutisme monarchique madrilène du XVIIIème siècle. Sur ce portrait, Carlos III tient le bâton de commandement symbole de cet absolutisme. Pour moi comme pour beaucoup de Catalans, ce discours a été vécu comme une insulte.

À nous la démocratie ! : Tu soulignes que cette crise est avant tout une crise de la démocratie espagnole, une crise de reconnaissance politique d’une minorité régionale. Ce qui me mène à ma dernière question : faisons l’hypothèse que Madrid adopte, tout d’un coup, une attitude plus ouverte ; l’indépendantisme perdrait-il alors en influence auprès des citoyens catalans ?

Ramón : C’est certain que beaucoup de Catalans ont voté pour des partis se disant indépendantistes moins pour véritablement obtenir l’indépendance que pour, en fait, refuser la politique du PP et dénoncer la corruption du pouvoir à Madrid. Mais très sincèrement, les derniers évènements ont profondément blessé. L’intransigeance de Rajoy et du PP exaspère énormément de Catalans. Surtout, l’envoi de la Guardia Civil pour empêcher la tenue du référendum du 1er octobre a considérablement choqué. Je suis scandalisé par la violence avec laquelle les policiers ont empêché les gens d’aller voter. Ces images ne sont pas prêtes d’être oubliées ni ces violences d’être pardonnées.

Un commentaire sur « Le référendum catalan : un processus démocratique ? »

  1. Bonjour,
    J’ai apprécié votre prise de distance par rapport aux « émotions » suscitées par les événements de catalogne et particulièrement par la réaction musclée de la police nationale pour empêcher la tenue effective du référendum.
    Sans justifier et encore moins approuver la violence il faut savoir raison garder comme le dit d’ailleurs le mot d’ordre en catalan des manifestants non indépendantistes (terme préférable à anti) : « guardem al seny », littéralement gardon le sens commun, le bon sens.
    Des coups de matraque et une violence policière ne font pas une dictature – que serait alors la France qui en a son lot également – et l’Espagne d’aujourd’hui n’est pas l’Espagne de Franco qui, lui, aurait fait tirer à balles réelles.
    Sans entrer dans trop de détails il faut apporter quelques précisions pour le public étranger et notamment français
    La Catalogne bénéficie déjà d’une très large autonomie notamment en matière d’enseignement, de police,… autonomie qui pourrait être améliorée, peaufiner mais il est vrai que tant le pouvoir central que les politiciens catalanistes n’ont pas été beaucoup dans le dialogue
    Les courants indépendantistes ne sont pas majoritaires en catalogne (tous les sondages le soulignaient : jamais le oui n’a dépassé les 50%) les élections régionales de 2015 ont donné (seulement) 47% à ces courants mais une majorité de sièges au Parlement catalan sous un double phénomène : premièrement élections régionales qui pour représenter tous les territoires « favorisent » indirectement les territoires moins peuplés (mécanisme qui n’est pas propre à l’Espagne) ; et deuxièmement par l’union « contre nature » entre « junts per si » (PdeCat et ERC et d’autres organisations) qui, n’ayant pas de majorité parlementaire pour gouverner, à quelques jours de la date butoir pour la convocation de nouvelles élections régionale, s’est unie in extremis avec la CUP (10 députés).
    Sous la pression de la CUP le parlement catalan a pris un tour indépendantiste décidant de convoquer unilatéralement un référendum d’autodétermination. Référendum d’une part contraire à la constitution espagnole votée en 1978 et approuvée à l’époque par les députés catalans ; d’autre par référendum ayant pouvoir de déclarer l’indépendance à la majorité simple et quel que soit le taux de participation.
    Ce que nombre de juriste et constitutionnalistes catalans ont défini come un coup d’état juridique ; sans parler des procédés étroitement politiciens, expéditifs et antidémocratiques appliqués au sein même du parlement catalan pour faire approuver ce référendum et sur lesquels il serait fastidieux ici de s’étendre.
    Comment pouvoir soutenir sérieusement qu’une question aussi grave que l’indépendance puisse être décidée de manière unilatérale et avec des critère juridiques aussi légers.
    Les citoyens dans leur ensemble ne s’y sont pas trompé et l’immense majorité n’est pas allé voter ce qui a donné effectivement le résultat suivant : 43% de participation avec 90% pour l’indépendance. Les indépendantistes ont fait le plein des voix et le savent. Ils n’ont donc d’autre choix que la fuite en avant car 1) s’ils convoquaient de nouvelles élections ils courraient le risque – très probable – de perdre leur fragile majorité (de que semblaient indiquer les sondages) 2) s’ils acceptaient un référendum légal négocié avec l’Etat, le résultat serait le même.
    Depuis effectivement les choses n’arrêtent pas de s’envenimer avec beaucoup de maladresse (calculée ?) de la part du gouvernement central et beaucoup de mauvaise foi de la part des « catalanistes » à maints égards déloyaux.
    Mais le résultat est là : la société catalane – et l’Espagne – s’en trouve gravement et douloureusement divisée j’étais par exemple à la manifestation après les attentats de Barcelone, transformée de manière même indécente en manifestation catalaniste : le Roi et Rajoy y ont été conspués, ce qui n’était ni le lieu ni l’heure quoique l’on pense de la monarchie et du gouvernement et pire : ceux qui défilaient avec un drapeau espagnol ou espagnol et catalan l’étaient également…). De nombreux restaurants ne mettent plus les menus qu’en catalan et en anglais, une agressivité, voire une haine émergent… du jamais vu jusqu’alors ou chacun vivait sa (et souvent double) culture en toute harmonie.
    Comment en serait-on arrivé là ? Les causes, comme toujours, en sont multiples et essayons d’en énumérer un certain nombre sans développer, ni être exhaustif :
    – beaucoup de mauvaise foi, du sectarisme, des jeux politiques calculateurs sordides et mesquins de part et d’autre ; ce qui arrange certains politiciens au gré des évolutions ; ainsi par exemple – intuition personnelle, mais pas uniquement, comme par hasard, des politiciens catalans sont devenus indépendantistes au prorata des « affaires » touchant leur milieu (la corruption est certes générale en Espagne, mais il y faut ajouter aussi qu’il y a plus d’inculpés en catalogne qu’ailleurs) ; certains émettent même l’hypothèse que des mafias financières pourraient être en arrière plan à la manœuvre, ayant plutôt intérêt à des petits états faibles (chypre, Malte,…) plus contrôlables,
    – c’est aussi le résultat de décennie d’un système d’éducation catalan, totalement géré par la Généralitat, qui a glissé peu à peu d’un enseignement en catalan à un enseignement catalan, c’est à dire partial, orienté (histoire mythique, culture mythifiée,…) et où tout ce qui est « castillan » est minoré.
    – C’est aussi le résultat d’un monopole des médias catalans (Radios et télévisions) qui diffusent des informations et une vision des choses particulières
    – C’est aussi le résultat d’une politique que l’on pourrait qualifier « dar la vuelta a la tortilla » (retourner l’omelette) en imposant des normes linguistiques en contradiction avec un réel bilinguisme respectueux des locuteurs castillan : ainsi l’obligation des devantures et enseignes des commerces en catalan (voir : http://consum.gencat.cat/temes_de_consum/drets_linguistics/index_es.html#4 ) Une sorte de vengeance par anti franquisme a posteriori.

    A ces aspects « typiquement » espagnols et catalans, et beaucoup d’autres encore, nous pourrions ajouter des aspects plus généraux et qui doivent nous amener à réfléchir :
    – quel niveau de solidarité par exemple,… et constater que l’on passe (en Europe, mais pas seulement) d’un nationalisme d’opprimés à un nationalisme « de riches » qui ne veulent plus assurer le financement de la nécessaire solidarité (Lombardie, Ecosse,…) ; en bref, pour le cas qui nous occupe disons que ce n’est pas la faute de l’Aragon si le bon Dieu ne l’a pas placée dans un endroit stratégique comme la Belle Catalogne : couloir de passage incontournable, débouché maritime, port, autoroute,…
    – « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et la confusion qui en découle qu’à chaque langue correspondrait une culture, et à chaque culture et chaque langue ayant droit à son Etat ; la Suisse offrant à cet égard un beau contre exemple (4 langues – Français, Allemand, Italien et Romanche – pour un seul Etat) ; il conviendrait de réfléchir à la vitale déconnexion – dans les têtes et dans les faits, entre culture, langue d’un côté et territoire et Etat de l’autre.
    – le rapport de force actuel : suite à beaucoup d’excès de part et d’autre il semblerait que la société civile, la majorité silencieuse, se réveille comme en témoigne l’immense manifestation du dimanche 12 octobre qui a vu environ un million de personnes défiler sous le mot d’ordre « Catalunya si, España tambien ».
    A ce propos expliquons une chose : il y a l’anti indépendantisme ou l’anti catalanisme, effectivement d’une vieille droite nationale espagnoliste, allant de l’actuel PP aux phalangistes nostalgiques, qui a servi aux catalaniste de repoussoir en taxant tous les « non indépendantisme » de fascisme, franquisme et autres non d’oiseaux (phénomène bien connu du repoussoir utilisé pour justifier des ralliements forcés type « vote utile », sous peine de faire le jeu de… ); c’est ce verrou idéologique que les excès et dérives actuels sont en train de faire tomber et les non indépendantistes comprennent qu’il leur faut réagir sans se laisser réduire à la caricature que veulent bien en faire les indépendantistes : comme disait Albert Camus « il y a toujours une troisième voie (voix) possible » et si la fragile unité des nationalistes va de la bourgeoisie capitaliste, conservatrice et europhile du PdeCat, jusqu’aux anticapitalistes et europhobes de la CUP en passant par la gauche républicaine de l’historique ERC, les non nationalistes pouvaient donc accepter, sur cette question, un arc aussi large, sans pour autant se laisser réduire à des nostalgiques de Franco ; à cet égard j’inviterais ceux qui le pourraient à visionner le magnifique discours (en catalan, 14 mn) de Josep Borrel, leader du PSC et ancien président du Parlement Européen à cette manifestation du 12 octobre : tout y est dit (http://www.antena3.com/noticias/espana/el-discurso-integro-de-josep-borrell-al-termino-de-la-manifestacion-por-la-unidad-en-barcelona_2017100859da65d80cf29f7c62e19aa0.html )
    – j’inviterai également ceux qui voudraient voir d’un peu plus près où se situent certains clivages à consulter le manifeste en 5 points signé par plus de 960 intellectuels (écrivains Juan Marsé, Javier Cercas…, juristes, artistes, acteurs, dessinateur, cinéastes comme Isabel Coixet,…) dont de nombreux catalans, se définissant comme tous de gauche et opposés au gouvernement Rajoy et appelant à boycotter le Référendum du 1° octobre comme « estafa antidemocratica » (tromperieantidémocratique) (https://politica.elpais.com/politica/2017/09/17/actualidad/1505646832_371114.html )
    Le seul but de cette contribution est d’abord de déciller le regard des français mal informés sur cette question d’alimenter le débat, un vrai débat et pas des anathèmes défendant les gentils catalans colonisés contre la puissance occupante espagnole.
    Il conviendrait urgemment non seulement de réfléchir mais de porter dans l’opinion une autre voix : celles des non nationalistes. Ceux qui défilent en blanc, sans drapeau.
    Bien cordialement

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