La campagne présidentielle livre se résume plus que jamais à une bataille d’égos, dont la petitesse et la médiocrité font peine à voir. À la « mystique » (selon ses propres mots) d’Emmanuel Macron, habité par l’idée qu’il incarne je ne sais quelle volonté de changement dans la continuité, répond l’acharnement de François Fillon, criblé d’affaires judiciaires qui auraient dû le disqualifier depuis bien longtemps, mais ne font que l’encourager à mépriser la vérité et la justice, en se maintenant coûte que coûte à la tête de la droite. Ajoutons-y les bisbilles entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, incapables l’un et l’autre de se défaire de leurs ressentiments personnels, et qui finiront peut-être par envoyer la gauche dans le mur au nom de quelques investitures de députés.

Ce que l’on voit avec toujours plus de netteté au fil de cette campagne, c’est le risque immense que l’on prend à faire reposer le sort de la nation sur les épaules d’une seule personne. Armés de leur orgueil et de leur aveuglement, les candidats à la présidentielle prétendent régler en un suffrage toutes les questions politiques qui se posent à la France pour les cinq ans à venir. L’histoire récente devrait pourtant les avertir du dégoût que ressent la majeure partie de nos concitoyens, face à la monarchie élective qu’est devenue la 5ème république : élu pour remplacer celui qu’une majorité détestait, l’actuel président s’est si bien fait détester à son tour, qu’il a été contraint de renoncer à se présenter de nouveau. Jusqu’à quand accepterons-nous de nous en remettre à un individu, par nature faillible et inconstant, soumis à ses passions et à ses humeurs, pour gouverner tout un pays ? Ceux qui tirent le mieux leur épingle de ce jeu de dupes, sont des pitres : Beppe Grillo en Italie, qui a sciemment choisi de rassembler les mécontents derrière quelques propositions défendues à grands coups d’outrances verbales, ou encore Donald Trump, qui cultiva si bien la provocation qu’il fut élu grâce à elle (et non en dépit d’elle). Marine Le Pen, par bien des aspects la plus ridicule de tous ces outrecuidants, est en passe de réussir un beau score, selon la même logique : puisque tous sont risibles, pourquoi ne pas voter pour la plus provocante, celle qui promet de leur mettre un bon coup de pied aux fesses ?

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Une démocratie adulte ne peut pas se contenter d’être une monarchie élective. Beaucoup de citoyens sont accablés d’être appelés aux urnes pour élire le moins déplaisant des monarques. Comment ne pas comprendre ceux qui s’en détournent définitivement ? Beaucoup, cependant, sont parvenus à ce degré d’énervement où ils veulent reprendre en main le pouvoir que l’on promet de leur confisquer (pour leur bien). Nous sommes de ceux-là : épuisés par les querelles d’égos des prétendants au trône, nous voulons sortir de notre rôle de spectateur et ne plus laisser une personne seule peser sur nos destins pendant cinq ans.

En définitive, à quoi sert l’élection présidentielle ? Placée juste avant les législatives, tous les cinq ans, elle a fini par concentrer une telle charge programmatique, qu’il paraît impossible de rien faire sans passer par elle. Ce devrait pourtant être aux élections législatives de déterminer la majorité (ou l’alliance programmatique) qui permettrait de gouverner le pays, sur la base des programmes défendus par les représentants de la nation, et non de l’inconstante volonté d’un homme choisi pour cinq ans. Il est temps de réfléchir à la suppression de l’élection présidentielle, qui empoisonne notre démocratie et prépare l’avènement des futurs Trump. Il est temps de renouer avec un régime politique adulte, et d’arrêter de choisir nos monarques.

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