Après François Fillon qui prétendait violenter à loisir les salariés pendant leurs congés, en utilisant tous les moyens dont l’exécutif dispose pour mener une « blitzkrieg » (!) au mouvement social, on apprend qu’Emmanuel Macron veut lui aussi réformer le code du travail par ordonnances, au moment où la plupart des travailleurs prennent leurs vacances. Au-delà du déni de souveraineté démocratique que constitue ce projet – rappelons qu’une ordonnance est une mesure prise par le gouvernement dans des matières relevant normalement du domaine de la loi -, c’est le sens même de cette « réforme » qui choque.

Depuis que les gouvernements de droite libérale (puis sociaux-démocrates) ont entrepris d’appliquer le programme initialement formulé par Raymond Barre, Margaret Thatcher et quelques autres (« There is no alternative »), on a vu se déliter progressivement le sens de ce mot : réformer. Alors qu’elle désignait un bouleversement des pratiques religieuses et de certains dogmes, la réforme est de nos jours le procédé par lesquels des gouvernants cherchent à faire passer, coûte que coûte, des décisions dont l’opinion publique ne veut pas. Pétris des certitudes qu’ils ont acquises dans leurs jeunes années de formation, elles-mêmes assises sur le rabâchage de quelques dogmes économicistes assez mal assurés, des gouvernants totalement sourds au corps social prétendent faire le bien du peuple malgré lui.

Admettons qu’il faille libéraliser davantage le marché du travail. Qu’il faille supprimer des « charges » sociales et en finir avec les règlements qui encadrent l’activité économique. Qu’il soit nécessaire de favoriser la négociation d’entreprise. Qui peut soutenir à la fois l’urgente nécessité d’un meilleur dialogue social, et vouloir faire taire les salariés et leurs représentants ? « La France est impossible à réformer », clament en un choeur touchant les éditorialistes inamovibles, les chargés de cours à Sciences-Po, et les conseillers de MM. Fillon et Macron (remarquons au passage que ces fonctions sont souvent interchangeables). Et de réclamer pour tous la purge, la saignée, le remède de cheval qu’il faudra bien administrer à tous, pour que tous guérissent, un jour, à long terme.

Des décisions de politique générale aussi importantes que celles qui touchent aux conditions de travail et d’emploi doivent au contraire être prises en y associant largement les travailleurs, c’est-à-dire les citoyens. Lorsque les salariés d’une entreprise se réunissent pour décider ensemble de la renégociation du temps de travail ou des salaires, ils sont parfaitement capables de se soucier à la fois de leur intérêt propre, et de ce qui est juste pour l’ensemble d’entre eux. Les traiter en mineurs qui devraient se taire et accepter la « pédagogie » de la réforme, c’est préparer, inévitablement, la légitime colère de ceux que l’on infantilise. Les politiques de profession aiment plus que tout revendiquer le courage de celui qui reste « droit dans ses bottes » et gouverne contre le peuple. Ils aimeraient, comme le disait Brecht, pouvoir dissoudre le peuple lorsque celui-ci vote contre le gouvernement. Il est temps d’en finir avec ceux qui exigent que nous les élisions pour pouvoir ensuite nous réclamer de nous taire.

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