Nous poursuivons nos entretiens avec des membres et des sympathisants d’À nous la démocratie (ANLD) et revenons aujourd’hui sur la campagne électorale de mars dernier. Fanny, candidate ANLD en 9ème position sur la liste citoyenne Écologie Paris 10, évoque sa récente expérience. Associée d’un cabinet de conseil en développement durable, nous lui avons également posé quelques questions sur l’articulation entre démocratie et développement durable.


Peux-tu nous faire un retour d’expérience sur la campagne dans le dix-huitième arrondissement parisien ?

C’était une belle campagne pour plusieurs raisons. Avant tout cette campagne était une campagne de terrain. La tête de liste Anne-Claire Boux et son binôme Émile Meunier ont fait un énorme travail pour aller voir les associations et connaître parfaitement les dossiers et les besoins. Pour toute l’équipe, les candidats, les militants, c’était une campagne à la rencontre et à l’écoute des habitants. On a fait beaucoup de tractages, de porte-à-porte. Chaque samedi et dimanche matin nous organisions des agoras où on allait à l’écoute des habitants pour entendre leurs questions, écouter leurs besoins et recueillir leurs idées.

Autant le collectif Europe-Écologie les Verts (EELV) du 18ème s’entendait bien et se connaissait bien, autant l’intégration de personnes venants de l’extérieur a été bienveillante et naturelle. C’était une rencontre humaine entre des personnes qui portaient des idées communes. Je n’ai pas eu à imposer des choses, tout s’est fait naturellement. On a fait du bon travail et c’était très intéressant et très enrichissant sur le plan personnel. Je n’y suis pas allé à reculons et j’y allais avec plaisir tous les jours.

Le sujet de la démocratie et de l’écoute des citoyens a trouvé sa place assez facilement. Anne-Claire, la tête de liste, est très sensible à ces enjeux et avait déjà plein d’idées. J’ai pu apporter l’expertise et les enjeux d’À Nous La Démocratie (ANLD) dans le programme mais aussi dans la façon dont la campagne s’est organisée. Par exemple, des groupes de travail de militants se font formés pour constituer le programme donc les différentes idées se sont bien mariées.


Était-ce difficile d’être une candidate d’ouverture ?

C’était vraiment une rencontre humaine : d’abord on se découvre, on se jauge et on voit si nos idées passent ou ne passent pas. Tout s’est fait facilement. Nous sommes plusieurs candidats d’ouverture en places éligibles et la présence de chacun a un sens et apporte quelque chose de particulier : nous avions tous notre place et tous notre rôle. Nous sommes une vraie équipe, chacun à son poste.


Comment perçois-tu À nous la démocratie ?

J’ai toujours eu envie de m’engager et je n’avais jamais trouvé dans les partis traditionnels un coup de cœur. Le fonctionnement du parti me rebutait un peu, et j’avais – peut-être parfois encore ! – une mauvaise image de la politique « classique ». Une de mes grands-mères a été élue durant de nombreuses années. Élue pour la première fois en 1977 en tant qu’écologiste, son parcours politique a par la suite évolué dans différents partis (Génération Écologie, Cap 21), jusqu’à être élue sur une liste étiquetée Union pour un mouvement populaire (UMP). Si ma grand-mère a toujours été une élue de terrain, et n’a jamais renié son engagement pour l’écologie, j’avais quand même une vision assez mitigée de la politique, le fait qu’il fallait parfois faire des compromis fort pour réussir à être élu ou faire passer ses idées.

J’étais plutôt engagée dans l’associatif pragmatique mais en même temps, je me suis toujours dit qu’il fallait changer nos fonctionnements et notre mode de prise de décision. Un jour, une des meilleures amies de ma tante me croise aux Grands Voisins et me dit que la semaine suivante se tiendra une réunion politique à laquelle il faut que j’aille absolument. Je convaincs quelques copains et je vais à cette réunion. Et là, c’est la révélation. J’entends des personnes dire que c’est par le mode de prise de décision que nous changerons les choses. Les sujets qui me tiennent à cœur – l’environnement et le développement durable – nécessitent qu’on se mette autour d’une table et qu’on construise ensemble la société dans laquelle on souhaite vivre. Je n’avais jamais pris le prisme de la démocratie comme le facteur clé, et c’est comme si là j’avais eu une épiphanie. Je n’avais pas trouvé ma voie de militante dans les partis classiques parce que je ne veux pas qu’on me dise qu’il faut que je pense comme si ou comme ça, ou que je suive telle idéologie ou ligne de parti. Parfois je trouvais des idées bonnes chez les uns, parfois chez les autres. En fait, je voulais que l’on me donne les moyens d’exprimer mes idées, de les confronter, peut-être de changer d’avis. Au sein d’ANLD chacun a son orientation politique, nous ne sommes pas là pour les imposer aux uns ou aux autres, nous sommes là pour les faire que tous puissent les exprimer, les confronter, les faire bouger pour réussir à atteindre une décision commune.

Quand je découvre ANLD, début 2017, les fondateurs cherchaient justement des personnes pour se présenter comme candidats aux législatives. Je me suis donc présentée dans la 9ème circonscription où l’objectif était surtout d’empêcher le député sortant, Jean-Marie Le Guen, de la remporter mais il ne s’est pas représenté…

Il y a presque trois ans maintenant, nous avons défini ANLD comme un parti de transition. Le parti et ses candidats souhaitent prendre le pouvoir pour changer le rapport au pouvoir, pour le redonner au peuple plus largement, pour changer les institutions et les modes de décision. Une fois son objectif atteint, notre parti n’aura plus de raison d’exister.


Est-ce qu’un développement plus durable/soutenable de l’ensemble de la société te paraît devoir obligatoirement passer par un approfondissement de la démocratie ?

Quand on discute avec certains écologistes, ils peuvent te dire qu’ils ont la solution, qu’ils savent ce qu’il faut faire, qu’ils ont trouvé le bon modèle de société et qu’il faut l’imposer. Or, selon moi, si c’est bien la meilleure solution, si c’est le monde dans lequel chacun souhaite vivre parce qu’il y trouve son bien-être parce qu’il peut s’y développer, il n’y a aucune raison qu’ensemble les citoyens n’arrivent pas à la même conclusion, voire à une conclusion meilleure encore pour nos écosystèmes. La transition vers un monde plus durable, et vers une société plus durable, ne pourra se faire sans que chacun y trouve sa place et puisse répondre à ses besoins. Reste encore parfois à requestionner de quoi avons-nous réellement besoin, et c’est le jeu du débat démocratique !

La dictature éclairée, c’est partir du principe que le peuple est trop bête ou pas assez éclairé pour prendre des décisions. Parfois quand tu es démocrate extrême, tu te dis que finalement si cela arrive dans un cadre de repli sur soi et d’autoritarisme alors soit, si c’est ce que les gens veulent. Mais la grande optimiste qui est en moi ne croit pas en ce scenario. Et je suis anti-extrême, quel que soit l’objectif.

Le souci c’est que nous sommes dans une société où on veut absolument imposer notre mode de pensée ou de vie à notre voisin. Nous avons tendance à imaginer que nous avons la meilleure solution. La démocratie, c’est l’organisation du mode de fonctionnement de la société, fonctionnement à l’intérieur duquel on peut penser des choses différentes. Ce qui est intéressant, c’est que cela demande de trouver des valeurs communes pour la société dans laquelle nous vivons, lui permettant de s’organiser.

C’est ce qui se passe avec la crise sanitaire est très intéressant à ce sujet. Dans une crise comme celle-ci, il faut, en caricaturant un peu, « choisir » entre l’économie et la santé, notamment la santé des plus fragiles. La science nous donne des indications : si vous prenez telle décision, alors les modèles indiquent des conséquences. Si vous prenez une autre décision, alors les modèles indiquent d’autres conséquences. Ce ne sont pas les scientifiques qui décident, ils apportent « simplement » les informations nécessaires à la prise de décision.

La démocratie, la politique, décide.

La démocratie représentative est quelque chose qu’ANLD défend, dans des modalités différentes de celles appliquées actuellement. On peut estimer que dans certaines situations, les situations de crises notamment, les élus peuvent prendre des décisions. La démocratie participative demande du temps, des échanges, des prises d’information etc. parfois la décision doit se faire rapidement, par des personnes dont le temps est consacré à cette prise de décision.

Nous ne souhaitons pas la disparition des représentants, des élus. Nous souhaitons seulement qu’ils ne fassent pas carrière en politique. Que cela ne soit qu’une étape dans la vie citoyenne : élu puis tiré au sort dans une assemblée, puis votant, puis participant au conseil de quartier et ainsi de suite.

Cela n’empêche pas les citoyens non élus d’avoir leur mot à dire ! Ils doivent, via différentes modalités (parce qu’il n’y a pas qu’une solution miracle, mais une myriade d’outils à mettre en place) permettre de définir en amont les règles qui seront appliquées par les élus dans leur prise de décision : quelles sont les valeurs communes à protéger (économie ? santé ? environnement ? quelles priorités ?). Et après la crise : quel est le retour d’expérience ? Doit-on changer les règles ? Comment les élus ont-ils agi ? Comment peut-on faire mieux la prochaine fois ? Une assemblée de citoyens tirés au sort pour des mandats tournant pourrait tout à fait avoir ce rôle au niveau national. Et des assemblées locales de la même façon à différents échelons.

On pourrait même aller encore plus loin. Ce serait très intéressant que des citoyens non professionnels de la politiques soient eux-mêmes les garants de l’application de la Constitution, c’est quelque chose que nous avions commencé à explorer avec ANLD, sans l’avoir encore totalement formalisé.


Penses-tu qu’il est souhaitable de faire d’une pierre deux coups ?

Oui totalement. Le changement de modèle vers une société plus durable implique forcément un changement de modèle dans les prises de décision.

Le développement durable, si on résume rapidement, c’est le mode de développement qui permet à tous, partout sur la planète, de vivre dans de bonnes conditions, en étant éduqué, sans risquer de mourir enfant ou trop tôt, et en étant capable de répondre à ses besoins – initialement ceux de la pyramide de Maslow, mais à nouveau, il est nécessaire de requestionner de quoi avons-nous réellement besoin pour vivre heureux, ou en tous cas vivre « bien »..

Or, aujourd’hui lorsqu’on observe la corrélation entre indice de développement humain (IDH) et impacts environnementaux, les pays qui ont l’IDH le plus élevé sont aussi ceux qui ont l’empreinte environnementale la plus forte : en gros ceux qui émettent le plus de gaz à effet de serre et consomment le plus de ressources non renouvelables.

Les ressources sont finies, elles ont des limites et cela engendre deux choses : notre modèle de développement est lui aussi limité, puisqu’il s’appuie sur ces ressources, et tout le monde ne pourra pas atteindre ce qui est actuellement considéré comme un haut niveau de développement. Alors comment invente-t-on un monde où l’on vit tous bien et longtemps sans aller piocher dans des ressources non renouvelables ?

Cela nécessite d’inventer un nouveau modèle. Et ce modèle il faut inventer ensemble sinon il y aura toujours quelqu’un qui inventera un modèle au détriment de l’autre. Il faut réévaluer les besoins de chacun, discuter avec les autres de la définition du besoin pour se mettre d’accord : il n’y a qu’en échangeant ensemble qu’on y arrivera. La vertu de la démocratie – qui est le débat, l’opinion et la capacité à changer d’avis soi-même au cours du débat – est certainement ce qui nous aidera à changer de modèle.


Des entreprises promptes à établir une réelle démocratie entre leurs murs te semblent-elles plus à même d’être écologiquement, socialement et économiquement plus responsables ?

Socialement très certainement, économiquement oui, écologiquement par forcément.

À partir du moment où les décisions sont prises en prenant en compte toutes les parties prenantes de l’entreprise, alors forcément il y aura moins de clivages patrons/employés et les décisions seront mieux appréhendées et mises en œuvre. Donc forcément socialement, cela ne peut avoir que des impacts positifs. Économiquement j’ai tendance à penser que chacun aura à la fois à cœur d’avoir une bonne distribution de la valeur et d’assurer en même temps la pérennité de l’entreprise : on n’a pas envie de couper la branche sur laquelle on est assis. L’enjeu est de trouver le bon équilibre.  

Tout est une question de temporalité. Parfois le court-terme va faire prendre des décisions qui ont des résultats positifs sur le court-terme mais négatifs sur le moyen voire long termes. Par exemple, prendre moins de mesures de sécurité parce que cela coûte cher va entrainer des économies rapides. Mais à moyen et long terme, les accidents peuvent se multiplier, le turnover peut augmenter et la productivité et la qualité peuvent donc diminuer. C’est une décision qui est donc moins rentable sur le long-terme. Même si c’est difficile à chiffrer, il me semble qu’à long-terme, les intérêts sociaux et économiques convergent.

Écologiquement, cela dépend de la connaissance du sujet. Il faut avoir pris le temps – et qu’on ait donné ce temps – de comprendre les informations. Les membres de l’entreprise doivent pouvoir appréhender l’impact environnemental des activités de celle-ci. Cela demande donc un temps d’adaptation qui est nécessaire.

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