« Est-ce que vous pensez que c’est faire preuve de courage de taper sur un homme à terre ? », demande un auditeur à celui que France Inter reçoit, ce matin. Ancien conseiller du président de la République, démis de ses fonctions pour une affaire de cirage de chaussures, Aquilino Morelle publie L’abdication, témoignage à charge contre François Hollande, accusé d’avoir dès le début enterré ses promesses.

Quoique l’on pense du bilan de François Hollande, on ne peut que sourire à la question provocante de l’auditeur d’Inter. A quoi bon, en effet, publier ce livre maintenant, après tant d’autres qui montrèrent si bien la duplicité et le cynisme des manoeuvres présidentielles ? Et surtout, quel crédit accorder à ce conseiller du prince, auquel un autre auditeur demande, quelques instants plus tard, au nom de quoi il a été choisi ? C’est là, en définitive, que se trouve le scandale dont Aquilino Morelle n’est qu’une pièce : des hommes que personne n’a élus fabriquent une politique dont personne ne veut plus, puis, leur jour venu, expliquent qu’il aurait tout de même fallu faire autrement.

La fonction présidentielle a pris, de nos jours, un tel poids dans le système politique français, que toutes les décisions importantes s’y concentrent. Pour le plus grand malheur des démocrates sincères, élire un président revient à choisir un programme de gouvernement sur cinq ans… ou plutôt, à choisir quelles promesses seront faites, puis à s’en remettre aux conseillers du prince. Cette monarchie élective n’est même plus déguisée en démocratie. Henri Guaino, Emmanuel Macron, Claude Guéant ou Aquilino Morelle sont autant d’hommes dont la seule légitimité politique est d’avoir été adoubés par le président, et que l’on écoute respectueusement depuis : ils ont conseillé le monarque, tels des Mazarin modernes.

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Les questions des auditeurs de France Inter le rappellent suffisamment : une démocratie adulte devrait en finir avec cette confiscation du pouvoir. Ceux qui gouvernent ne le font qu’au nom du peuple, et soutenus par la volonté générale. Lorsqu’ils s’en affranchissent et se laissent dicter leurs choix par de tristes sires dont la prétendue compétence ne consiste qu’à s’accrocher au pouvoir, ils se détournent de leur mandat.

Morelle insiste pourtant : j’ai accompagné le président. J’ai fait des choix difficiles. J’ai demandé à Arnaud Montebourg de rester, même si Florange était un échec cuisant et une énième déception, parce qu’il ne fallait « pas quitter le navire ». Résumons : le conseiller demande à un ministre de se trahir, et de trahir ceux qui avaient cru en leurs promesses, par devoir. Mais quel est donc cet intérêt supérieur au nom duquel un homme que personne n’a jamais élu demande qu’on lui obéisse ?

Finissons-en avec les conseillers tout puissants du monarque présidentiel. Redonnons du pouvoir au peuple, et à ceux qui, en son nom, écrivent la loi. Et congédions les Mazarin pleurnichards qui réclament qu’on lise leurs règlements de comptes.

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